Archives mensuelles : décembre 2007

Lettre ouverte aux négationnistes des racines chrétiennes de la France

A la veille de Noël, il faut revenir au discours du Latran. Reparler des propos tenus au Vatican par Nicolas Sarkozy. Évoquer à nouveau de façon complète mais non exhaustive ces « racines chrétiennes » de la France qu’il a reconnues et exaltées. Quel est le but recherché? La déclaration était-elle sincère? Ces questions sont importantes, mais subsidiaires du fond. Peut-être le président, une nouvelle fois, s’est-il voulu provocateur, à contre-courant, briseur de tabous. Une nouvelle fois, il a plus à perdre qu’à y gagner.

 

On en a vu s’indigner, comme un seul homme. Surtout à gauche. Les vieux réflexes. Réactions très prévisibles des laïcistes, qui sont à la laïcité ce que les djihadistes sont à l’islam ou les intégristes à la chrétienté. Des héritiers des anticléricaux du temps du petit père Combes. Des excessifs. Des gens bornés, pour qui la religion est un ennemi à abattre coûte que coûte, un interlocuteur à exclure à tout prix du champ public. Un mal qu’il faut extirper de la société! Les malheureux. Alors même qu’une conviction personnelle ne peut se contenter d’animer la sphère privée. Que la foi n’est pas qu’une question de cœur, mais également une envie à partager dans le respect de l’autre. Il n’y a qu’en France où on est ainsi méfiant des religions, qu’on considère implicitement comme des empêcheurs de jouir en rond, comme des entraves à la liberté de l’homme (un comble!). Une nouvelle preuve, s’il en fallait, de l’imprégnation des préceptes marxistes dans notre société.

 

Pour en parler, il faut revenir au fond du discours, que je vous invite à lire en entier ici pour en juger. Lorsqu’on en lit certains, on s’étonne de cette furie, de cet emportement tapageur et ridicule. Qu’a dit Sarkozy? Il n’a fait que constater, certes avec courage, des évidences. Morceaux choisis.

 

Ça commence par un constat. Oui, la France a des racines chrétiennes. C’est un fait, et le reconnaître est une simple déclaration. Le nier est vain.

 

« J’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre Nation à l’Église. (…) C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue la fille aînée de l’Église. Les faits sont là. (…) La foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature. (…) Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et La France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle, contribution morale (…), contribution littéraire, artistique (…), contribution intellectuelle… »

 

Comment peut-on le contester? Tout ou presque, dans notre culture, provient du christianisme. Notre pays a été forgé par l’influence des valeurs chrétiennes. Mêlées à d’autres, bien sûr. Sinon l’Europe entière serait construite sur le même système. Mais des valeurs essentiellement chrétiennes. Notre droit s’en ressent. Même le juge d’instruction est le descendant en ligne directe du « juge inquisiteur ». Tout cela, il faut être d’une mauvaise foi totale pour le nier. On se croirait parfois dans 1984, dans cette société où l’on gomme de l’histoire ce qui ne nous plaît pas. Que certains veulent d’une société sans Christ, c’est une chose. Qu’ils contestent le fait que notre pays ait souhaité pendant des siècles le contraire, c’est une hérésie, sans jeu de mots. La France a été à la pointe de la Chrétienté jusqu’à la Révolution française. Point barre.

 

Et de définir la laïcité à la française :

 

« Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans leurs congrégations, avant comme après 1905. je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétroactive du passé. (…) Le régime français de la laïcité est aujourd’hui la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté de pratiquer une religion et la liberté d’en changer, la liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, la liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, la liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance. »

 

Là-dessus, on peut même ajouter que la véritable laïcité a été fondée par Jésus-Christ lui-même, quand celui a déclaré qu’il fallait « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Avant l’avènement du christianisme, j’aimerais bien qu’on me cite une société dans laquelle il existait une séparation du spirituel et du temporel. or en France, cette distinction a très tôt été appliquée par les Rois de France, qui ont tout fait pour respecter les papes tout en leur expliquant qu’ils étaient les patrons pour les questions temporelles. Qui ont tout fait pour défendre le catholicisme sans haine des autres religions. Il suffit de se rappeler l’épisode des conflits violents entre catholiques et protestants, au XVIe siècle, qu’on appelle « guerres de religion » : les rois, de Henri II à Henri IV, ont la plupart du temps essayé de se placer entre les deux camps, dans celui des « politiques ». Bref, la laïcité « à la française » ne date pas de 1905. En 1905, c’est un texte anticlérical qu’on a voté, nuance.

 

Et Nicolas Sarkozy de critiquer le penchant bien français à vouloir ignorer et se construire en opposition au passé :

 

« Pour autant la laïcité ne saurait être la négation du passé. La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire, elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire, commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, c’est dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire. »

 

Et d’appeler la France à s’apaiser sur ce terrain là, et aux chrétiens d’assumer leur identité. De constater que l’espérance peut beaucoup, contrairement aux idéologies, qui ne permettent pas de « trouver un sens à l’existence » et ne « répondent pas aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort ». Et, de manière quasiment schizophrénique, pour un président qui semble sans cesse fasciné par la réussite matérielle, de rappeler cette évidence : « les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des homes et des femmes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent ». Bref, de louer le fait spirituel…

 

Ce qui énerve au plus haut point la gauche (si elle essaie de s’adapter au monde économique, elle reste largement archaïque sur ces questions) c’est la suite. Que Sarkozy ait osé dire que « un homme qui croit, c’est un homme qui espère, et l’intérêt de la République est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent ».

 

Pour une fois, et parce qu’il convient d’être honnête, il faut dire bravo à Nicolas Sarkozy, et à l’excellente plume qui a écrit ce discours très profond, dont la substance rappelle son ouvrage sur la République, les religions et l’espérance. Dans l’esprit du président, « la désaffection progressive des églises rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie des prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux, c’est une évidence ». D’où cette idée : il n’y a pas de contradiction entre vouloir un Etat neutre et impartial, et considérer le fait spirituel et le fait religieux, avec bienveillance. Se dire qu’on a tout à gagner à avoir un maximum de citoyens qui professent l’amour des autres. Se dire que « la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini ». Bref, pas de blasphème à appeler de ses vœux l’avènement d’une « laïcité positive », qui considère « que les religions ne sont pas un danger, mais plutôt un atout »

 

Au lieu de cela, nos négationnistes des racines chrétiennes de la France s’épouvantent, crient au sacrilège, au scandale. Ils tempêtent, ils grommellent. Ils ne se rendent pas compte que cette idée de laïcité positive n’est pas ce qu’ils croient, c’est-à-dire pas un recul, ni une concession faite aux religions, mais plutôt une façon de se servir des religions pour le bien de l’homme. Ils ne se rendent pas compte que pendant que les religions reculaient, d’autres idoles les remplaçaient. Le culte de l’argent, les sectes, les voyants et autres escrocs de tous poils, les jeux de hasard, la vénération des dieux du sport. Pas sûr que la société y ait gagné. Ce serait même sans doute plutôt l’inverse. Mais peu importe, pour les laïcistes, qui sont généralement les mêmes que les anticléricaux : maintenant, l’homme est « libre », et c’est tout ce qui compte!

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Travail dominical : le conseil économique et social ne se mouille pas

Alors que le Sénat puis la commission mixte paritaire ont bel et bien adopté, sans sourciller, l’amendement présenté au dernier moment et autorisant les magasins d’ameublement (on se demande au nom de quoi) à ouvrir le dimanche, le conseil économique et social a présenté de manière officielle son rapport sur le travail dominical, qui est en réalité le même que celui qui avait été élaboré en février 2007.

Ce rapport, vous pouvez le lire ici (faites défiler jusqu’à la page 33).

En revanche, si vous n’avez pas assez de temps et désirez avoir une vision quelque peu neutre de l’affaire, vous pouvez vous contentez de la dépêche AFP. Et pour une vision subjective mais qui me paraît correspondre à la réalité, allez voir par là.

Rapport prudent, en effet. Si on lit bien, on sent que le CES ménage la chèvre et le chou. Une extension généralisée du travail du dimanche serait odieuse, mais en rester à la situation actuelle serait tout aussi stupide. Conclusion : étendons, sans trop étendre. Exactement ce que disait au début du mois Xavier Bertrand, en somme! Sachant que la loi, elle, est prévue pour 2008. Et qu’elle pourrait ouvrir de nouvelles dérogations!

Le CES propose quoi? ouverture des commerces de détail alimentaire jusqu’à 13 heures le dimanche (contre 12h30 aujourdhui), ouverture de tous les commerces le dimanche en zones touristiques, ouverture pendant cinq dimanches de droit pour les commerces de détail (huit si l’impact est jugé positif, et selon les zones géographiques). Rien de bien révolutionnaire. Si on en restait là, ce ne serait pas si grave.

Je ne vais pas plus rentrer dans les détails, car je n’en ai pas le temps, d’abord et qu’ensuite, on a déjà beaucoup parlé ici de ce sujet. Brièvement. Ce qui m’inquiète, c’est le libre choix dont parle Jean-Paul Bailly, le président de la Poste et rapporteur du texte. ça veut dire, quoi, libre choix? Y aura-t-il d’autres secteurs que l’ameublement à bénéficier d’une dérogation totale? Comme dit le PS Bernard Dussaut, « ces mesures reviennent à légaliser des comportements illégaux ». C’est exactement mon sentiment. Balladez vous dans les grandes villes, depuis des années des commerces ouvrent en toute illégalité. Et après, on parle d’incivisme. On vous cartonne quand vous vous garez cinq minutes sans payer.

Challenges rapporte qu’en ce qui concerne le secteur de l’ameublement, « le secrétaire d’Etat à la Consommation, Luc Chatel, a estimé qu’il y avait « urgence » à légiférer dans ce secteur, où un certain nombre d’établissements avaient été condamnés pour avoir ouvert le dimanche. » Je ne vois pas trop bien où est la pédagogie là-dedans… Le bénéfice économique, lui, est très incertain à en croire le CES. Moralité : la loi qui sera prise en 2008 sera, si on poursuit sur cette voie, une loi clientéliste, qui ne défend absolument pas l’intérêt général.

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Nicolas Sarkozy affaiblit la présidence de la République

Et voilà. Après être passé, aux yeux du monde entier, pour celui qui faisait tout lui-même, y compris le travail de simple collaborateur. Pour celui qui négocie les traités simplifiés, quand d’autres ont fait le boulot à sa place outre-Rhin. Pour celui qui libère les infirmières bulgares de Libye en raflant le long travail de préparation de nos partenaires de l’Union européenne. Pour celui qui accueille en grande pompe un dictateur, sans réelles contreparties. Après être allé se faire insulter lui-même par les marins-pêcheurs, après s’être ridiculisé en personne devant les cheminots. Après, finalement, avoir contribué à transformer l’hyperprésidence en petite présidence, Nicolas Sarkozy donne cette fois de la France une bien piètre image : il officialise sa réputation de coureur de jupons.

Certes, il n’est pas le premier à le faire. Chirac, Mitterrand, en ont vu d’autres. Louis XIV et madame de Maintenon, Louis XV et la Pompadour, c’était blanc bonnet et bonnet blanc. Mais ces illustres prédécesseurs avaient, comment pourrait-on dire, un souci de préserver… les « convenances ». Chirac a toujours sauvegardé les apparences avec Bernadette. Mitterrand a voulu jusqu’au bout sauver le secret de sa fille cachée.

Sarkozy, lui, a usé jusqu’à la corde l’image du bon mari, pour un objectif purement électoraliste. Il a feint de se sentir affecté du divorce d’avec sa tendre Cécilia, comme par hasard annoncé en pleine grève de la fonction publique. Après avoir roucoulé avec une journaliste du Figaro chargée de suivre l’actualité de son parti, la déontologique Anne Fulda, à l’époque où il était « simple » ministre, Nicolas Sarkozy a donc accroché à son tableau de chasse la chanteuse et mannequin Carla Bruni. Et a voulu que la France entière le sache, puisque les photos que nous verrons du couple, en promenade ce week-end à Disneyland (quel romantisme), n’ont pas l’air de clichés volés.

J’ai longtemps pensé que les critiques sur la personnalité de M. Sarkozy, et surtout celles émanant de ses adversaires les plus coriaces (Libération, Marianne), étaient dérisoires, car excessives. Je ne crois pas qu’on ait affaire à un cinglé. Mais à un homme sans foi ni loi, qui n’a pas de convictions, qui change d’idée ou de femme comme de chemise, ça, j’en suis intimement persuadé. Il est à ce titre, comme on l’avait prévu, le digne fils de Jacques Chirac!

C’est quoi, désormais, un Président de la République française? C’est un type qui fait la une de Match et Gala, comme Johnny ou Sardou. Un type qui convoque la presse pour lui montrer sa nouvelle conquête. Espérons juste pour lui, et surtout pour la France, qu’il ne s’agira pas d’une lubie. Qu’il ne va pas se lasser de cette femme, même si on pouvait espérer meilleur parti pour l’Elysée qu’une chanteuse de variété améliorée. Qu’on ne vas pas voir sa tête tous les mois dans les « people » avec une nouvelle prise de guerre.

Aucun moralisme là-dedans. Plutôt de la tristesse. Même si c’est une folie de le croire, j’espérais secrètement que le président, en tant qu’institution, était une forme de modèle, quelqu’un au-dessus du lot, même symboliquement, même de façon illusoire. En agissant ainsi, Nicolas Sarkozy ne s’affaiblit pas mais affaiblit la présidence de la République : eh oui, le locataire de l’Elysée est un homme comme les autres Dommage.

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L’ouverture des commerces le dimanche par la petite porte

Vous allez dire que je radote. Que nenni : j’ai un droit de suite sur le sujet de la libéralisation du travail du dimanche. Je suivrai ce dossier jusqu’au bout! Je me permets donc de vous conseiller à ce sujet la lecture des excellents blogs d’Authueil et de Maître Eolas. Ils rapportent un article du Monde paru uniquement sur son site internet, et selon lequel le gouvernement s’apprête à alléger les règles sur le travail dominical en ce qui concerne le secteur de l’ameublement.

Plusieurs remarques à ce sujet. D’abord, Authueil et Eolas s’indignent de la méthode plus que du fond, à savoir que Luc Chatel, le secrétaire d’Etat à la Consommation, compte introduire cet allégement via un amendement à son projet de loi dite de développement de la concurrence au service des consommateurs. « Le gouvernement continue à prendre les parlementaires pour des imbéciles et le parlement pour une chambre d’enregistrement », s’indigne Authueil, habitué de la défense de l’Assemblée, puisqu’il y travaille. Ce qui est en effet contestable, c’est que l’urgence a été déclarée pour ce texte. Il n’y aura donc qu’une lecture devant chaque chambre. Le texte ayant déjà été examiné à l’Assemblée nationale, cet amendement ne sera par conséquent étudié qu’au Sénat, qui planche sur le projet Chatel à partir de demain! Si l’assemblée haute l’approuve, l’amendement (comme toutes les autres modifications au texte voté par l’assemblée nationale) sera donc soumis à la commission mixte paritaire, qui réunit six sénateurs et six députés. Dans ce cadre, rappelle Authueil, « les éventuels conflits entre les deux assemblées se trouvent ainsi réglés par un marchandage en petit comité, sans débat public. C’est gênant et cela devrait être l’exception. » Certes. Et puis, Authueil estime que « l’ouverture des commerces le dimanche est un sujet qui mérite mieux comme débat. C’est un vrai sujet, avec du pour et du contre ». Recertes!

Moi, ce qui m’énerve, c’est plutôt le fond. Et en l’occurrence, l’autisme dont fait preuve Chatel sur ce dossier depuis le début. Il n’écoute pas. Depuis le début, je lis ses interventions sur le sujet. Et on peut remarquer qu’il est absolument convaincu depuis des mois que la libéralisation de l’ouverture des commerces le dimanche se fera, quoi qu’il arrive. Où est la place pour le débat? Xavier Bertrand, lui, affirme qu’au-delà de cet amendement, la libéralisation du travail dominical sera pour 2008. Comme Chatel l’avait déjà annoncé en octobre

Un sondage est paru dans le JDD, montrant que 53% des Français sont opposés à l’idée de travailler le dimanche, contre 26% qui y sont favorables. Un autre sondage, paru en octobre dans le Parisien, montrait qu’au contraire, 51% des Français seraient favorables à l’idée d’ouvrir les commerces le dimanche. En gros, on est d’accord pour consommer mais pas pour travailler. « Ce sondage montre que les Français sont très partagés« , répond Chatel (quel réalisme!) qui d’un autre côté explique poutant que « dans la situation actuelle, les magasins d’ameublement ne peuvent pas ouvrir le dimanche et cela leur est préjudiciable. » Autrement dit, les Français peuvent être contre, vous êtes bien gentils, mais moi je suis secrétaire d’Etat, j’ai Ikéa sur le dos, qui n’arrête pas de se plaindre, je reçois plein de courrier, sans compter Conforama et Monsieur Meuble, et j’en ai un tout petit peu marre. Comment comprendre cette idée de préjudice? Si demain, il leur est préjudiciable de ne pas pouvoir faire travailler les enfants la nuit, on le leur permettra? Ce n’est pas comme ça qu’on gouverne, que diable! Le pragmatisme, c’est bien, mais il ne faut pas non plus en abuser. On attend des arguments plus étayés, plus convaincants que « les commerces en ont besoin », ou « les gens seraient contents de pouvoir faire leurs courses le dimanche ».  C’est bête, il n’en existe pas d’autre… Au contraire, le travail dominical a toutes les chances de nous plonger encore un peu plus dans une société d’ultra-consommation (l’expérience montre que ce n’est pas le Pérou). Et de fragiliser une nouvelle fois les familles.

Quand je pense à cette petite ballade du dimanche, tranquille,dans les rues désertes et calmes. Sérénité, apaisement. Quand je pense à ces courses horribles du samedi, où tout le monde se bouscule, s’énerve, où on maudit les poussettes… Stress, stress, stress. La beauté de l’état de nature, la laideur de ce que l’homme en fait parfois.

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Prostitution : et si on s’intéressait un peu au client?

L’image est forte. Se veut marquante pour les clients des prostituées. L’idée est bonne, car elle leur rappelle leur implication dans l’esclavage que vivent au quotidien des milliers de femmes. Au-delà de ce message, il serait bon de s’interroger sur leur responsabilité dans le scandale permanent du proxénétisme. Cette campagne d’affichage, que vous avez peut-être remarquée ici ou là, a été initiée par le Mouvement du Nid à l’occasion de ces soixante-dix ans :

 

« Le raisonnement induit est simple : « Si je refuse la prostitution pour les miens, à savoir les personnes de ma famille, pourquoi devrais-je l’accepter pour les autres? ». Aujourd’hui le discours qui tend à justifier la prostitution pour progressivement l’aménager se généralise. Le Mouvement du Nid pose alors la question « pour qui ? ». La majorité de la population française refuse que ce soit pour leurs proches, leur famille ou leurs amis. Alors « pourquoi pour les autres ? ». La symbolique du tatouage appuie le caractère indélébile de cette pensée chez beaucoup d’hommes. La mère et la soeur sont souvent des « icônes sacrées » auxquelles il ne faut absolument pas toucher. »

Cette association a pour but d’enrayer, voire d’éradiquer la prostitution. Peut-être idéaliste, le Nid propose sans se lasser des solutions aux pouvoirs publics. Et surtout, aide au quotidien les victimes de ce trafic d’êtres humains : les prostituées. Pour ce mouvement, la perspective de réouverture des maisons closes - que notre ami Criticus proposait il y a quelques mois – est une aberration : cette solution conduirait à accepter le mal combattu. Ce serait en définitive tolérer un esclavage sous une forme « plus propre ». Cela ferait surtout plaisir aux bons citoyens écoeurés de voir ces femmes « vulgaires » traîner sur les trottoirs. Question de bonne conscience, une nouvelle fois. Se rallier à cette idée serait à mon sens une honte pour nos sociétés prétendument modernes.

Rappelons-le : les prostituées sont au proxénétisme ce que les toxicomanes sont au trafic de stupéfiants, c’est-à-dire des victimes. Et de ce point de vue, les opérations policières anti-prostitution, qui reviennent à la mode ces temps-ci dans mon pays lillois (on embarque moulte péripatéticiennes, prises en flagrant délit de raccolage – c’est quoi le raccolage? – on les place en garde à vue, puis on les remet en liberté avec un rappel à la loi) sont vaines : elles ne s’attaquent pas à la racine du mal, mais à ses conséquences visibles. Elles ont pour seul but de calmer les riverains des quartiers prostitutionnels. De faire dévier le problème vers un autre quartier, peut-être un peu moins bourgeois…

Par ailleurs, d’après ce que je connais de la lutte anti-proxénétisme, les brigades concernées ne semblent pas le moins du monde s’attaquer aux gros trafiquants, ces filières internationales qui ramènent sur nos trottoirs des pauvres femmes d’Europe de l’est et d’Afrique noire. Ils prennent en flagrant délit de proxénétisme le pauvre type qui concubine avec la prostituée du coin. Le pauvre type qui l’emmène tous les jours sur le trottoir. N’oublions pas que la définition du proxénétisme, c’est de tirer parti financièrement, même indirectement, de l’activité prostitutionnelle de quelqu’un… Bref, ils attrapent les petits poissons, laissent filer les gros, et s’en contentent très bien.

Et l’hypocrisie se remarque de tous les côtés. Car si les proxénètes sont globalement tranquilles, les clients ne le sont pas moins. Certes, au cours des opérations anti-prostitution précédemment expliquées, ils sont eux-aussi emmenés au poste, où ils doivent endurer une forme de « savon ». Mais est-ce suffisant? Le Nid rappelle que « la prostitution est reconnue depuis 1983 par l’ONU comme une « forme persistante de l’esclavage« . Ajoute qu’ « en ces temps d’idéologie de marché, s’impose le refus de voir l’être humain réduit à l’état d’objet sexuel, d’outil à disposition du « client », de marchandise sur un marché international. Le corps n’est pas à vendre. La commercialisation des organes est interdite par la loi, le consentement des personnes ne suffisant pas à valider ces actes ».

Alors, quoi? Les esclavagistes, sont-ce seulement ceux qui vendent les esclaves, ou également ceux qui les achètent? Au-delà de la campagne d’affichage du Nid, qui tend à sensibiliser les clients sur la question (eux-aussi peuvent être en « souffrance », mais que dire de celles qui doivent la subir?), il faudrait donc engager un véritable débat public sur la question. Pourquoi ne pas sanctionner aussi les clients? Pourquoi les laisser exploiter ces femmes? Pourquoi leur permettre d’engraisser un système mafieux? Pourquoi fermer les yeux? Personne ne parle jamais des clients, alors qu’ils sont suffisamment nombreux pour que vous en ayiez dans votre entourage. S’ils se taisent, c’est bien qu’ils ont conscience du caractère honteux de leur acte, non?

Au fond, sur ce genre de question, les pouvoirs publics préfèrent la plupart du temps pratiquer la politique de l’autruche. Surtout, éviter d’avoir à faire preuve de courage. Surtout, ne pas aborder les problèmes de société. Restons sur l’économique, surtout restons sur l’économique. Pendant ce temps, les esclaves continuent d’être vendues sous nos yeux.

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Pourquoi je ne donnerai pas un centime au Téléthon

Pas un sou. Pas un kopeck, rien, nada. Cette année encore, leTéléthon, n’aura pas un centime. A mon grand regret. Parce qu’en dépit des appels au boycott lancés l’an passé par l’évêque de Toulon, qui accusait l’AFM d’eugénisme, cette grand-messe annuelle de la charité continue à se refuser à toute traçabilité des dons.

Sur son blog, Patrice de Plunkett s’étonne de cette rigidité, cette façon qu’a l’AFM (association française contre les myopathies, organisatrice de l’événement) de s’arc-bouter sur ses positions :

Pourquoi cette rigidité, alors que les travaux récents amènent certains des plus grands chercheurs mondiaux à abandonner la filière « embryons »?
Pourquoi ce refus de prendre en compte une légitime requête de donateurs?

Sur le deuxième point de son intervention, on peut en effet rappeler que la traçabilité existe dans l’humanitaire. Si vous donnez à la Croix-Rouge, au Secours-Catholique, au Secours-Populaire, vous pouvez demander à ce votre libéralité soit utilisée au Darfour, en Indonésie, sur un projet particulier qui vous tient à coeur.
Pourquoi le Téléthon ne s’adapterait pas? Pourquoi ne pourrait-on pas vouloir donner pour tel ou telle maladie génétique? Pourquoi ne demanderait-on pas à sponsoriser d’avantage la recherche sur la Maladie de Charcot qu’une autre?

Cette traçabilité, personne ne la demande d’ailleurs par confort, égoïsme ou caprice. Comprenons-nous bien. Je veux pouvoir donner tout en étant en accord avec ma conscience. Or que dit-elle, cette conscience? Qu’il est dangereux de toucher aux embryons. Criminel de les utiliser comme outil de recherche. Vous ne partagez pas cet avis? Et alors?  Pourquoi, en voulant financer les recherches sur la myopathie, devrais-je être obligé de contribuer aussi, alors que je le refuse, aux recherches sur l’embryon?

Et cet argument est d’autant plus percutant que, comme Patrice Plunkett le remarque, les recherches sur les cellules souches embryonnaires ne sont pas forcément la panacée. Des recherches récentes, comme on l’a lu un peu partout ces dernières semaines, ont montré qu’on pouvait faire tout aussi bien avec d’autres parties du corps humain :

« L’équipe Japonaise conduite par le professeur Yamanaka de la faculté de Kyoto a réussi à reprogrammer des cellules issues de patients en cellules souches pluripotentes ayant les mêmes caractéristiques de différentiation que les cellules embryonnaires (Cell, 20/11/07). Cette étude novatrice est confirmée par le savant américain James Thomson, de l’université du Wisconsin, de renommée internationale puisque c’ets lui qui a découvert les cellules souches issues de l’embryon en 1998 (Sciences, 20 novembre 2007). L’importance de cette découverte dans ce champ de la biomédecine est énorme puisque les cellules souches obtenues ont le même code génétique que le malade en écartant tout risque de rejet immunitaire. Jean-Claude Ameisen, président du comité éthique de l’Inserm, a aussitôt déclaré que « le travail de Yamanaka, véritable révolution scientifique, prouve qu’il est possible de reprogrammer des cellules adultes ordinaires et montre que la plasticité des cellules est beaucoup plus grande qu’on ne le pensait. Avec cette technique, on ne peut plus dire qu’il n’y a pas moyen de faire autrement ».

Et oui, maintenant, on peut faire autrement. L’Oréal et LVMH-recherches se sont lancé dans des voies alternatives au tout-embryon. Le père de « Dolly » lui-même, Ian Wilmut, a annoncé qu’il renonçait au clonage pour se pencher sur ces cellules souches adultes.

Cela signifie donc que l’AFM persiste dans une voie qui n’est ni utile, ni nécessaire. Même si elle pouvait faire autrement, elle pourrait accepter cette traçabilité des dons qui permet à chacun de donner selon sa conscience, selon ses croyances. Une question de respect, quoi. Mais en plus, si la voie qu’elle a choisie n’est plus justifiable… elle n’aura donc pas un centime.

EDIT : Notre ami Killcow, lui non plus, ne donnera pas un liar à la grand-messe annuelle du caritatif. Je suis assez d’accord avec son analyse et cette séquence-ci en particulier : « Une personne qui donne pour le Téléthon ne me paraîtra pas généreuse mais plutôt abrutie par un système de masse. Ce serait-y pas un non-évènement pour nous donner bonne conscience, tout ça ? Et ben oui, je suis chiant. Je crois qu’être généreux, ça ne se prouve pas en donnant quelques euros une fois dans l’année, mais c’est un travail de tous les jours. »

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C’est quoi, l’amour d’une mère?

Le téléfilm Marie Humbert, l’amour d’une mère, diffusé ce soir sur TF1, me met mal à l’aise. D’emblée, il trouble en ce qu’il éclaire sur la souffrance de ces familles désemparées par de telles blessures. Elles prennent corps. L’accident, le coma, l’attente, l’espoir, les déceptions, les progrès, la déprime. Les conflits avec le monde médical. Les divergences de vues. Tout cela, il faut vraisemblablement le vivre pour le comprendre totalement, mais on peut l’imaginer.

Il trouble, parce qu’on prend conscience de ce qu’on avait imaginé, des images que nous nous étions forgées en pensant à ce qu’avait vécu Vincent Humbert. Les articles de journaux prennent vie. L’affaire devient palpable. On va pouvoir juger, finalement. Est-ce que ça valait le coup? Devait-on le faire? Devait-on arrêter le combat de Vincent et de sa maman, ou devait-on l’écouter? Le scénario, le script, prennent leur importance. On y découvre un Vincent Humbert désireux dans un premier temps de prendre contact avec sa mère.  Puis assez rapidement, convaincu à l’idée de mourir et à refuser la vie que le sort lui a injustement réservée. Au point de tenter invariablement d’en convaincre son entourage, à commencer par sa mère.

On sent une question, lancinante. L’amour d’une mère. Le personnage central du film, c’est Marie Humbert. Ses doutes, ses choix, son incroyable ténacité. Ses espoirs fous. Sa sensation de solitude. Tout le bien qu’elle lui a fait. Tous les efforts entrepris pour rentrer en communication avec lui.

Et à un moment, nous sommes appelés à juger. Elle-même hésite dans un premier temps, refuse de céder à son fils, lui demande de se battre. Elle met fin au débat. Tente de l’infléchir maintes et maintes fois. Et puis petit à petit elle évolue dans son jugement, jusqu’à se persuader, elle-aussi, que c’est la seule solution, puisqu’il en veut ainsi. Vincent lui avait répondu que sinon cela signifiait qu’elle ne l’aimait pas. L’amour d’une mère.

A partir de là, les dés sont jetés. Et le téléfilm nous demande d’entériner ce moment-là, le plus important. Cet instant où on juge que tout est fini. qu’il n’y a plus rien à faire. L’amour d’une mère. Qu’est-ce au fond, l’amour qu’une mère éprouve pour son fils? Question centrale, dont la réponse est tellement compliquée à trouver.

Nous n’avons pas à juger Marie Humbert. Nous n’avons pas à estimer son amour pour son fils, à le jauger. Ce point la regarde, même si on peut l’imaginer. Tenter de se mettre à la place de, c’est impossible.

Le législateur en sera-t-il capable? Car il n’y a pas besoin d’être grand clerc politiquement parlant pour deviner que ce film est une arme en faveur du droit au laisser-mourir, même s’il a le mérite de rendre compte de la complexité de la situation. L’argument de l’amour en étendard. Il y a quelque chose qui nous échappe, cela signifierait donc que l’amour l’emporterait sur tout? Que tout devrait lui être dévolu? Que jamais, on puisse rien lui refuser? Qu’il ne puisse jamais être criminel? Dès lors, autant légitimer l’amour d’une mère en légalisant après coup cette terrible histoire, qui mérite pourtant bien mieux que cette mise en pâture médiatique. Elle est devenue une sorte de cause. Or à aucun moment, Vincent Humbert  ne parle d’autre chose que de sa propre vie. Et de sa propre mort. Il ne généralise pas. Il est clair, il veut juste qu’on l’aide à mourir.

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