Archives mensuelles : novembre 2007

Sécuriser les "quartiers" en les traitant comme les centres urbains

Je suis ici les traces de mon compère de Kiwis Toréador, qui avec sa fougue habituelle, propose une solution radicale pour pacifier les banlieues : le recours à l’armée en cas d’émeutes telles que celles auxquelles on a assisté ces jours derniers dans le Val d’Oise. Il n’hésite pas à préconiser notamment d’ouvrir le feu sur les rebelles après sommation. Pour le reste, et surtout le quotidien, il propose l’instauration d’une police de proximité.

Il va sans dire que je suis en désaccord total avec lui sur ce point, bien que nous soyions du même avis en ce qui concerne le jugement à porter sur ces pillards et ces incendiaires. Pour moi, qui suis selon Toréador atteint par le syndrôme néfaste de la bienpensance, une seule solution, qui va peut-être vous étonner : ne rien faire de spécial. Ah bon? Attendez, je vais préciser. En fait, l’idée, c’est de traiter les banlieues comme les centres urbains. Ni plus, ni moins! Mais rien que ça, ça changerait tout.

Petit exemple frappant pour débuter mon propos. Il y a environ un mois, peut-être plus, en métropole lilloise. Au bout d’une longue enquête, qui a duré trois mois, une dizaine de jeunes suspectés dans des affaires de braquages et de violentes agressions de personnes âgées à domicile sont interpellés dans une cité sensible proche de Lille. Coup de filet. Une centaine de policiers (80, si mes souvenirs sont bons) sont requis pour l’occasion. Huit par "cible", en quelque sorte. Le GIPN (groupe d’intervention de la police nationale) est mobilisé en renfort : des hommes cagoulés et armés de fusil d’assaut. Pourquoi? Pas parce que les personnes visées sont particulièrement dangereuses, mais parce qu’on a cru pouvoir faire l’économie de se rendre régulièrement dans ce coin-là. Et que ces braves gens, non content de braquer, étaient devenus des petits caïds qui se croyaient tout permis.

Premier problème. Contrairement à ce que Nicolas Sarkozy prétend, rien n’a été fait, clairement, pour règler la situation depuis les violences urbaines de novembre 2005. Je dirais même que la situation a empiré. Les Etats-majors craignent l’étincelle à tout moment. Les barbares (je persiste sur ce mot) l’attendent avec impatience.

1- De l’absurdité de résumer le dispositif policier aux seuls CRS et BAC

Et pourquoi donc? Parce que dans les quartiers sensibles que je connais, hormis les incursions ponctuelles des véhicules de police-secours qui répondent aux demandes des habitants sur le coup (violences conjugales…), ou encore plus rarement, des services d’investigations (meurtre, trafic de stupéfiants…), la présence policière est réduite aux patrouilles effectuées par les BAC (brigades anti-criminalité), qui sont là pour traquer le flagrant délit mais sont repérées très vite par les vrais voyous (ce sont toujours les mêmes véhicules), et par les CRS, qui ont été intrônisées au rang convoité d’unités de sécurisation des banlieues. Terrible erreur.

Les BAC font leur travail, et le font plutôt bien, quoique à la façon cowboy. Ne pinaillons pas, c’est leur job. Mais c’est insuffisant. Les CRS, quant à eux, le font mal, car leur métier est de maintenir l’ordre dans des manifestations. Pas de contenir des émeutes urbaines, et encore moins de sécuriser un quartier au quotidien.

Mettez-vous à la place des habitants de ces quartiers : les seuls policiers qu’ils voient sont donc soit des types rasés en bombers planqués dans des voitures banalisées, soit des unités conçues pour réprimer des manifs étudiantes. La psychologie, ce n’est pas le truc ni des premiers, ni des seconds. Il en faut pourtant, ici, du sens de l’humain…

Mais surtout, ce calcul est terriblement inefficace. A part augmenter le ressentiment des habitants, il ne fait que maintenir la cocotte-minute sous pression. Avec des policiers pareils, les truands sont tranquilles et les honnêtes gens peuvent s’en faire! Le seul intérêt, pour le ministère de l’Intérieur, c’est de ramasser à la pelle des faits pour la plupart déjà élucidés (flagrant délit…), qui vont servir à alimenter la machine à truquer les chiffres de la délinquance.

2- De l’urgence de stopper les coupes sombres dans les effectifs

Nicolas Sarkozy est un sacré hypocrite. Ou tout simplement, un libéral quand ça l’arrange? Là-dessus, je ne vais pas me répéter : j’ai déjà expliqué ici combien il était scandaleux de vouloir nous faire croire qu’on allait pouvoir faire plus avec moins, c’est-à-dire, sécuriser plus, en coupant dans les effectifs de police et de gendarmerie. Pourtant, aujourd’hui, c’est ce qui se fait. Si on assurait la stabilité en nombre, ce ne serait déjà pas si mal!

3 – Si ça marche en centre-ville, pourquoi pas en banlieue?

Dans les centres urbains, on croule sous le nombre de policiers. Vous en voyez partout, qui patrouillent à pied, en vélo, en voiture, parfois à cheval. Ils ont le temps de vous allumer quand vous téléphonez au volant, un peu moins pour recueillir vos plaintes (ça fait des faits non élucidés en plus…), mais passons. Ils sont archi-nombreux.
On pourrait en dire de même en ce qui concerne les campagnes, tenues par des brigades de gendarmerie. Mais les cultures et façons de travailer sont tellement différentes de celles policiers qu’il serait vain de vouloir comparer.
Une présence qui n’empêche toutefois pas la criminalité : celle-ci est sans doute plus importante qu’en banlieue (forcément, c’est là qu’il y a l’argent). Mais ce lien, même indirect, permet non seulement de décourager ceux qui seraient tentés, mais aussi d’assurer du renseignement pour les affaires judiciaires (les infos, c’est en étant sur le terrain qu’on les a!), et surtout, de maintenir la paix sociale.

Alors, pourquoi pas étendre ce type de dispositif aux "quartiers"? Il suffit d’assurer une simple continuité du service public dans les banlieues. Des patrouilles, à pied, en voiture. Pas une police de proximité qui joue au volley-ball avec les jeunes, mais une police tout court. Elle pourrait être appuyée par des policiers municipaux, non armés, qui pourraient alors jouer un rôle de médiation dans les cas difficiles.  Tout cela coûterait cher, mais c’est un investissement à long terme! Ces mesures ne dispenseraient bien sûr pas le gouvernement d’investir dans l’urbanisme, la politique de l’emploi. Mais il faut commencer par le point où l’action humaine à le plus de chance de servir à quelque chose.

Nul besoin de perturber les soldats, qui ont d’autres chats à fouetter. La dissolution des CRS, peu mobiles et peu efficaces, et leur remplacement par des polices anti-émeutes, devraient suffire en cas de graves problèmes. Pour le quotidien, il suffit de quadriller le terrain. Ce n’est d’ailleurs qu’ainsi qu’on rétablira l’ordre, mais également qu’on démantèlera les réseaux de trafics en tous genre qui rendent ces quartiers pourris, infréquentables, et qui exaspèrent et apeurent chaque jour leurs habitants.

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Plus trop envie de se plaindre…

Je me permets de céder aujourd’hui la plume à une lectrice et commentatrice régulières. Elle souhaitait partager son sentiment après avoir rencontré une jeune femme atteinte de la maladie de Charcot. Une affection neurodégénérative qui a de lourdes conséquences, pourtant encore relativement méconnues.

Etre confronté à la pire des injustices. Faire face à la maladie qui vous tombe dessus sans prévenir. Et l’affronter chaque jour avec courage et dignité.

C’est ce que vit Valérie, une jeune femme de 38 ans rencontrée pour raisons professionnelles. Quelle claque ! Comme on se sent fautif. Fautif de se plaindre si souvent, pour si peu de choses. Fautif  sans doute de ne pas trouver les mots justes. Une rencontre comme celle-ci vous marque, c’est sûr. Mais vous révolte aussi.

La maladie qui la ronge se résume en trois lettres : SLA, Sclérose latérale amyotrophique, aussi appelée maladie de Charcot, du nom du neurologue qui l’a décrite pour la première fois en 1869. Une petite précision : rien à voir avec la sclérose en plaques.
La SLA dévore. Le corps devient prison. Elle se caractérise en effet par une dégénérescence des motos neurones, c’est-à-dire des cellules nerveuses qui contrôlent la contraction des muscles. Le malade se retrouve graduellement paralysé des quatre membres, ne peut plus s’alimenter ni respirer sans assistance. Ses facultés intellectuelles restent par contre intactes. Cynisme de cette affection, le malade a donc pleinement conscience de son état.
En l’espace de trois ans, les muscles de Valérie ont été peu à peu paralysés. Les jambes, les bras puis la gorge, empêchant cette ancienne enseignante de parler. Quelques sons seulement sortent péniblement de sa bouche. Légers grommellements que son mari a appris à déchiffrer avec le temps. Son mari, si digne, si présent, enveloppant d’amour celle qu’il a vu s’emprisonner dans son propre corps au fur et à mesure des mois. « Il faut faire avec, nous n’avons pas le choix. On le vit au jour le jour », confie-t-il avec pudeur.
Un quotidien qui apporte son lot de difficultés : parole perdue, poche gastrique pour pallier la perte de poids. Passer aussi du rire aux larmes, seule façon possible désormais de communiquer ses émotions. Depuis quelque temps, Valérie peut également compter sur son ordinateur pour rester en connexion avec le monde. Une pastille placée sur son front et reliée à un capteur lui permet de simuler les mouvements de la souris pour surfer sur Internet, de communiquer sur des forums. Des échanges comme une fenêtre ouverte au-delà de cette maladie qui la tient prisonnière.
Car il a aussi fallu apprendre à vivre avec l’idée d’une mort imminente. La maladie est incurable, l’espérance de vie réduite : pas plus de quatre ans en moyenne après le diagnostic. Pas de médicament en effet pour traiter la maladie. Un seul permet d’allonger l’espérance de vie de quelques mois. Les autres atténuent les symptômes, tremblements, crampes, et évitent d’avoir trop d’idées noires.

Pas de médicament.
 Les recherches autour d’éventuels traitements sont peu nombreuses, alors même que les causes de la maladie sont encore inconnues et qu’il n’existe pas de test spécifique permettant de déceler une SLA. Pourquoi? La réponse est aussi cynique que cette maladie. Elle est dite « orpheline ». Les labos ne débloquent donc pas les fonds nécessaires pour développer des recherches qui toucheraient peu de malades. Sauf que… la SLA est la maladie neurodégénérative la plus fréquente après Alzheimer. Où est le problème alors ? Le cynisme atteint des sommets. L’espérance de vie des personnes touchées par cette maladie est si courte, qu’elles sont finalement peu à être atteintes de cette maladie en même temps. On dit alors que la prévalence est faible (8500 personnes à jour sont touchées par la maladie de Charcot). Pourtant, selon l’association « Les papillons de Charcot » (qui se bat pour sortir les malades de l’isolement social que provoque cette maladie, pour faire connaître la SLA et pour faire débloquer des fonds pour la recherche), trois à quatre personnes apprennent chaque jour en France qu’elles ont la maladie. Souvent des adultes âgés de 40 à 60 ans, mais aussi de plus en plus des personnes plus jeunes.
Révoltant, non ? De mon côté, plus trop envie de me plaindre…
Si vous souhaitez en savoir plus, faire connaître cette maladie autour de vous, rendez vous sur le site des Papillons de Charcot.

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Les nouveaux barbares, ou la révolte des incultes

Il suffit désormais d’une étincelle. D’un pépin. D’un prétexte. Et nos bandes d’encapuchonnés de banlieue se remettent à incendier, à piller, à semer la zizanie dans leur propre territoire. Qu’ils saccagent sans même réfléchir.

Deux jeunes sont morts à Villiers-le-Bel, dimanche soir, comme chacun sait. Accident ou pas, non-assistance en danger ou pas, des centaines de voyous ont embrayé, comme un seul homme. Deux soirs d’émeutes. Des dizaines de magasins pillés, brûlés. 60 policiers blessés, dont un commissaire divisionnaire. A plusieurs reprises, des tirs ont été observés contre les forces de l’ordre. Les cocktails Molotov, eux, deviennent banals.

Et lundi soir, les violences ont atteint cinq autres communes. Le spectre de novembre 2005 ressurgit. Mais pourquoi, à quoi bon, dans quel but? Quel intérêt? Les médias font de leur mieux pour ne pas mettre le feu, mais ne peuvent faire autrement que de suivre. Quand ils ne parlent pas de ces troubles, on leur reproche de faire le jeu de Sarkozy.

Deux  indices doivent être notés :

- lundi soir, la bibliothèque municipale et deux écoles de Villiers-le-Bel ont été incendiés;
- les casseurs ne tiennent pas compte des avancées de l’enquête concernant la mort des deux adolescents : contrairement à ce qui s’était passé en novembre 2005, il ne semble pas y avoir de volonté de "cacher" quoi que ce soit, et les deux défunts étaient manifestement en tort. La police est systématiquement mise en accusation. Elle a tort dès qu’elle est présente lors d’un incident de ce type (on peut aussi penser aux violents affrontements de la gare du Nord, pendant la campagne présidentielle).

La conclusion s’impose de soi : nous n’avons pas affaire à des pauvres victimes d’un quelconque malaise social, mais de barbares incapables de faire la différence entre un commissariat de police et une bibliothèque ou une école. Ils tapent instinctivement sur les services publics édifiés autour de leurs habitations, sans jamais réfléchir. Dans ma commune, il y a quelques mois, des délinquants avaient brûlés la crèche dans laquelle étaient gardés, chaque soir, leurs petits-frères. Insensé!

Dans les jours qui viennent, on va nous abreuver de beaux discours sur les problèmes d’intégration. Sur l’injustice, la discrimination. A raison, quelque part, puisque les problèmes existent bel et bien. Mais ces émeutes ne sont pas le fruit d’un malaise social : ce n’est qu’une révolte d’idiots incultes, qui brûlent les moyens qui sont mis à leur disposition pour réussir. Hier, dans Mots Croisés, on entendait le témoignage d’un habitant de Sarcelles qui se retrouve au chômage après l’incendie d’un concessionnaire automobile. Que fera-t-il, lui? Brûler une voiture à son tour?

Et ces émeutes, à quoi vont-elles servir, à part à affaiblir d’avantage ceux qui souffrent, c’est-à-dire les habitants de ces quartiers qu’on devrait appeler "pauvres" plutôt que "sensibles"?

Au fond, la seule révolte qui existe derrière tout ça, c’est une volonté d’en découdre avec les "flics". Et pourquoi? Parce que les policiers les gênent? Mais c’est leur rôle, et  il faut dire qu’ils le leur rendent bien. Cercle vicieux. Les policiers, on le voit bien, tremblent de peur devant ces adolescents encapuchonnés armés de couvercles de poubelles en guise de boucliers et de cailloux en guise de projectiles. Cet épisode ne va pas les faire devenir plus tendres. Oeil pour oeil, dent pour dent. Ils se vengeront, inconsciemment, à la prochaine garde à vue. Les policiers ne sont pas plus malins, à tutoyer les gardés à vue dès que leur peau est un tantinet basanée. Quelque part, ils récoltent ce qu’ils ont semé.

Quant à moi, j’ai bien du mal à plaindre ceux qui s’en prennent à des pompiers. Du mal à essayer de les comprendre. Même les journalistes se font frapper. Il n’y a rien à comprendre. Une seule chose à espérer, au fond : que Nicolas Sarkozy reste en Chine aussi longtemps que possible et évite de s’exprimer pour l’instant sur le sujet. En croisant les doigts pour que dans les heures qui viennent, si les échauffourées continuent, un "salaud de flic" ne tue pas par mégarde une "pauvre victime de jeune".

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Faut sauver le modèle social, mais pas question d’y contribuer!

Il y a une excursion à faire, en ce moment. Au moins par souci ethnologique. Allez faire un tour chez les Vigilants. L’obsession de ces blogueurs se revendiquant comme les "phares" de notre société : Nicolas Sarkozy. Qui a forcément tort sur tout, tout le temps, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse. Nos aimables militants de la gauche de la gauche, qui ne manquent d’ailleurs pour certains pas de talent, se prennent pour de véritables résistants des temps modernes. Eux, au moins, ils auront dénoncé le tyran à temps. Grâce à eux, on en pourra pas dire qu’on ne savait pas! Merci à eux. Vraiment.

Depuis quelques semaines, je lis une partie d’entre eux, assidûment. Plus que les blogs libéraux que je fréquente tout aussi régulièrement, ils sont littéralement excités par le mouvement social en cours (d’achèvement?). L’odeur du fumigène, du piquet de grève, de la saucisse grillée sur le barbecue, sans doute. L’amour de ces chansons ringardes qu’on entend dans les manifs. Bref, on assiste à une véritable radicalisation verbale, qui n’est d’ailleurs pas inintéressante à observer et analyser. Parce que les mots ont un sens, que leurs auteurs ont une responsabilité et de là à ce que les actes suivent, il suffirait de presque rien.

Deux posts, trois posts, quatre posts par jour, une avalanche de courageux articles pour dénoncer le traitement médiatique du mouvement des cheminots, la démagogie du gouvernement, l’égoïsme des usagers en colère (sic). Pour démonter (parfois avec un certain brio) les arguments des "salauds de patron". Classe contre classe, comme au bon vieux temps. Mais aussi pour tenter d’approfondir le coeur du débat : les retraites. Souvenons-nous, c’est ça le sujet. Les cheminots, c’est un détail.

Le blog Sabotage, dont le nom pourrait à lui seul inspirer un roman, fournissait hier un exemple-type de l’opinion de la gauche de la gauche (on devrait sans doute plutôt dire : la vraie gauche) face au problème incontournable du vieillissement de la population et de la disproportion grandissante entre les nombres d’actifs et d’inactifs :

La productivité augmente plus vite que l’espérance de vie. Donc la richesse existe pour financer largement cet allongement de l’espérance de vie. Simplement il y a un choix politique idéologique: laisser les capitalistes, les actionnaires, les possédants, accaparer cette richesse supplémentaire au lieu de la distribuer à ceux et celles qui ont contribué à la produire.

L’argument n’est pas si idiot que cela : on a un problème de financement de notre système, qui ne durera pas comme les contributions, alors autant aller chercher l’argent où il se trouve : chez les riches. Pas si idiot, mais un peu pervers. C’est fou, cette attitude qui consiste à toujours, sans cesse, dévier le problème sur les "salauds de riches". Qui sont forcément les méchants, les ennemis. L’obsession. Notez qu’il ne s’agit pas ici de dédouaner les plus fortunés de leur responsabilité. Je précise que je ne suis ni rentier, ni chef d’entreprise, ni golden boy. Les "classes dominantes" doivent contribuer plus que les autres au bon fonctionnement de la société, certes. Mais proportionnellement, pas d’avantage. Pas de raison. On sait d’ailleurs où a déjà mené ce réflexe de classe : à massacrer, sans vergogne, les koulaks du temps du bon vieux Lénine.

Et puis, le système de répartition doit continuer à se suffire à lui-même. Il le peut. Simplement, comme il y a moins d’actifs, plus de "passifs", on doit tous commettre de petits sacrifices. On ne voit pas bien ce qu’il y a de réactionnaire là-dedans. Ce n’est pas de la "propagande", ce mot directement issu des Soviets (accolé généralement, à l’époque, du terme impérialiste que pas un vigilant ne renierait) et qu’on voit fleurir chez nombre de nos Phares Bretons. Certains sont prêts à taxer d’avantage les riches, ils trouvent cela normal, mais refusent le principe de travailler deux malheureuses années et demi de plus. C’est quoi, deux ans et demi, sur une carrière de quarante? En sachant qu’au bas mot, derrière, on a encore trente, voire quarante années à profiter de l’oisiveté, de Thalassa, des Chiffres et des Lettres?

Pas logique. Pas normal. Les mêmes qui veulent conserver à tout prix leur modèle social ne veulent rien faire pour y contribuer. Mais bon, pour certains, comme ce rédacteur du blog The Vast Left Wing Conspiracy, on est prêt à soutenir "le mouvement jusqu’au bout" et "tout autre mouvement social qui suivra : tous les mouvements sociaux de salariés, indépendamment de ce qu’est leur pretexte immédiat (que tout le monde oublie bien rapidement par la suite)". Forcément, quand on n’a pas le même référentiel… Difficile de se comprendre.

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Siffler un pays, ça veut dire quoi?

Elle m’a dit d’aller là-haut siffler sur la colline… mais pas au Stade de France!

Vendredi soir, lors de la rencontre France-Maroc (devrait-on dire Maroc-France?), la Marseillaise et les joueurs français ont été copieusement sifflée. La honte. Il y a des paires de claques qui se perdent, décidément!

Il faut dire que les maillots rouges étaient nombreux dans le stade. Qu’on supporte le Maroc, aucun problème. Que les Français d’origine marocaine aient décidés de venir en nombre supporter l’équipe de leurs ancêtres, de leur famille, de leur "patrie de coeur", aucun problème non plus. Après tout, s’ils sont plus motivés que les Français dits de souche, qui n’ont jamais brillé par leur ardent soutien à leur équipe nationale, pourquoi pas. Et puis les racines, c’est souvent plus fort que tout, et c’est bien normal qu’on les maintienne en vie, qu’on les cultive. C’est bien compréhensible qu’on les "préfère" à son pays d’adoption, et surtout quand celui-ci ne manifeste aucun zèle à vous faire sortir de votre cité à la noix.

Mais siffler. Pourquoi? Quel est ce réflexe antinational, quel est ce syndrôme de haine de soi? Quelle injustice, alors que justement, l’équipe de France de football, plus que tout autre "institution", reflète parfaitement la diversité, le métissage de notre société! On se demande si les artistes du sifflet ne se sont pas fait plus de mal que de bien, vendredi.

Cela s’appelle, pour être gentil, cracher dans la soupe. Siffler la Marseillaise (on ne parle même pas des joueurs…), c’est siffler la France. Et ça veut dire quoi, au juste, siffler un pays? Lui manifester une forme de désaccord? Lui envoyer un soufflet, lui jeter un défi? A toujours se plaindre, on n’avance pas.

On peut certes imaginer le désarroi qui s’empare de vous lorsque vos efforts d’intégration ne sont pas récompensés. Lorsqu’en dépit de vos mérites, de vos diplômes, et surtout de votre bonne volonté, vous êtes sans cesse renvoyé à votre image d’immigré, alors que dans le même temps, vous êtes vu comme un étranger dans votre pays d’origine. Mais il y a un moment où il faut arrêter avec la victimisation et la généralisation. Avec la dénonciation des contrôles d’identité au faciès (qui sont trop nombreux, certes), du racisme. Un moment où il faut dire que le tous victimes est aussi idiot que le tous méchants. Et puis, flûte, quand on est poli, bien élevé, on ne siffle pas un hymne national. M’énervent, ceux-là! Et je ne suis manifestement pas le seul.

Les Français qu’on appelle de souche, au juste, ne sont pas mieux lotis que les autres. Et ils ne sifflent pas à tout va pour autant. Le malaise est social, pas ethnique, n’en déplaise à tous ceux qui font de la condition des immigrés un argument électoral.

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L’eugénisme frappe à notre porte : ouvrirons-nous?

Je ne sais pas si vous l’avez lu, mais Libération a publié cette semaine un article assez inquiétant. Il s’agit des manipulations d’embryons en Grande-Bretagne, qui s’apparentent de plus en plus à de l’eugénisme. Qui sont de l’eugénisme, même!

On peut y lire l’histoire de cet Anglais possèdant dans sa famille des antécédents de la maladie d’Alzheimer décider de procéder, avec son épouse, à une fécondation in vitro suivie d’un DPI (diagnostic pré-implantatoire). Evidemment, pour ne garder que les embryons sains. Son angoisse : que ses enfants soient porteurs du gêne en cause.

Mais le plus grave, c’est que l’agence britannique de bioéthique a également autorisé, en mai dernier, la même opération en vue de prévenir du risque de strabisme. C’est drôle, parce que dit comme ça, on trouve ça beaucoup moins justifié que pour l’Alzheimer, hein?

Pourtant, il s’agit exactement de la même chose. De créer de multiples embryons avant de les "trier", c’est-à-dire de détruire ceux qui ne conviennent pas. Bon, à la limite, si on ne considère l’embryon que comme un amas de cellule, on n’est pas choqué.

Sauf qu’il s’agit ainsi de créer une société où on n’aura plus de strabismes, d’ Alzheimer, plus d’aveugles, de sourds, de muets. Plus de petits, de gros. On sera tous pareils? Vous choisirez votre enfant dans le catalogue La Redoute. Une société "parfaite". Une société "calculée". Une société qui refuse le risque. Et donc la vie!

On s’indigne, on s’élève contre les OGM, contre les manipulations génétiques aux risques incontrôlées… On se dit catastrophé par l’idée qu’on puisse effectuer un test ADN sur un candidat au regroupement familial! Mais on se moque comme de l’an 40 des catastrophes qui sont en train de se jouer en Grande-Bretagne. Vous souvenez-vous de ces embryons hybrides homme-vache?

On ne saurait trop vous conseiller, toutefois, de ne pas vous sentir rassuré en vous disant qu’ "heureusement, ça se passe chez ces maudits Anglais", et que "nous, en France, on a le sens des principes". A ceux qui raisonneraient ainsi, on ne saurait trop rappeler le sort, dans notre pays, de ceux dont la trisomie est révélée au cours de la grossesse. Pour ceux-là, on peut aller bien au-delà du délai de douze semaines. Un avortement dit "thérapeutique". De l’eugénisme, là aussi! Et l’on ose parler des barbares du Moyen Age.

Sur ce sujet, s’il vous intéresse, lisez Koz, et son analyse plus approfondie : Eugénisme, nous y sommes. Il fustige notamment le libéralisme ("au nom de quoi refuser ce droit"?) et le relativisme ("comment peut-on juger?") qui sont sous-entendus dans cette affaire :

"Libéralisme mal placé : “de quel droit le gouvernement“… Qui donc sont ces gens pour décider que… ? Libéralisme, ou anti-étatisme. Demain, les seuls “juges” seront donc les parents, ce qu’ils sont capables d’accepter (davantage que ce que leur enfant serait capable d’accepter, soit dit en passant) et… un docteur Tornhill ?Relativisme : il n’y a pas de principes, de valeurs supérieures qui vaillent. Chaque expérience est personnelle, chaque personne est libre de sa décision, et qui sommes-nous pour juger ? Hein, “de quel droit juge-tu ?!” ? Qui es-tu pour cela ? Et la souffrance, as-tu pensé à la souffrance des parents ? Cette souffrance devant laquelle il faudrait nécessairement s’effacer. Cette souffrance qui écraserait de sa légitimité exclusive toute autre appréciation. Alors que, peut-être, si ces parents sont particulièrement qualifiés pour s’exprimer sur leur expérience personnelle, ils ne le sont pas nécessairement, dans ce temps de la souffrance, pour déterminer les solutions à appliquer à la société dans son intégralité. Alors que la souffrance évoquée passe de celle de parents confrontés à la maladie de Huttington à celle de parents confrontés à un strabisme sévère.

Au demeurant, nous dit-on, “les couples ne s’engagent pas dans une telle démarche à la légère“. Le propos comporte une faille : en l’occurrence, le couple confronté à un risque de développement d’un Alzheimer précoce n’a pas jugé utile de vérifier si le père était effectivement porteur du gène. Ce qui n’a pas empêché l’autorité britannique de donner son autorisation."

EDIT : Toujours via Koz, cet article de Patrice de Plunkett rapportant la position d’Axel Kahn et de Boris Cyrulnik, qui s’inquiètent tous deux de la montée de l’eugénisme.

Axel Kahn :
« Aujourd’hui les tests génétiques permettent de choisir l’embryon en fonction d’autres caractéristiques, comme le sexe. A l’avenir, il sera sans doute possible de sélectionner l’embryon en fonction de son potentiel physique…  Dans tous ces domaines, dès lors qu’il s’agit d’une technique possible, il y aura toujours des ressorts psychologiques et des moyens économiques pour les mettre en œuvre. La question, comme pour le clonage reproductif, est davantage du domaine du jugement moral que celui de la réalisation…  Je ne pense pas qu’il soit prudent de permettre [aux parents] d’avoir l’enfant qu’ils ont pré-dessiné. De plus, l’enfant qui va naître est une autre personne [...]. Il ne doit pas devenir une prothèse du corps des parents ou le produit du choix parental en fonction de son identité biologique, comme le sexe ou la forme du visage ».

Boris Cyrulnik :

« On appelle ces enfants les "chargés de mission" : ils doivent être parfaits, sinon ils deviennent des sous-hommes ! […]   D’un point de vue génétique, on sera un jour capable de fabriquer l’enfant de nos représentations idéales. Les prémices sont déjà présentes, avec la loi autorisant les avortements en cas d’anomalie génétique grave [...] Mais cette situation soulève un problème, à savoir que nous nous prenons pour des dieux capables de fabriquer l’enfant rêvé. »

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Y’a-t-il une alternative à la disparition programmée de la famille?

Comment dire. J’ai été, disons, troublé, en regardant hier soir les débats de cette sympathique émission de France 3 présentée par Frédéric Taddeï, Ce Soir ou Jamais.

Le sujet abordé, au moment où j’ai lâché la télécommande pour rester scotché sur la 3, était celui des mères porteuses. Un sujet délicat,sur lequel j’ai du mal à me faire une opinion claire et précise. On peut comprendre ceux qui réclament la légalisation de cette pratique, et en même temps, cela paraît léger de rémunérer quelqu’un pour porter un enfant dans son utérus. C’est, disons, trop intime. L’argument de la difficulté à se déplacer jusqu’aux Etats-Unis, lui, paraît fallacieux :  il faut se prononcer pour ou contre, et non pas se concentrer sur les détails techniques. Le plus important, comme l’ont dit certains participants au débat, c’est qu’il y a derrière tout cela une forme de mécanisation du rapport à l’enfant. Un risque de dérive vers un monde où l’on pourrait concevoir des enfants uniquement en machines. L’ultime libération de la femme? Tout paraît préférable à cette vision du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, où les familles n’existent plus : les enfants sont tous produits en labos, l’amour est interdit, la sexualité réduite à un loisir.

Surtout, ce qui a attiré mon attention, ce sont les mots, les arguments employés par deux des participants au débat. Roland Dumas (pour faire écho à Authueil et à son propos sur le microcosme, disons que dans notre cher pays, pour être invité dans des émission, mieux vaut être escroc qu’homophobe) et Caroline Fourest (sa fiche wikipédia est étonamment longue, elle doit faire partie de ceux qui comme Plan B l’a démontré, écrivent eux-mêmes leur hagiographie sur le site). Militante féministe de grand talent, journaliste à Charlie Hebdo et rédactrice en chef de la revue Prochoix, cette femme qui combat les intégrismes adopte une vision de la laïcité proche lui-même du délire.

Ainsi, selon eux, il s’agirait non seulement de laisser les gens "libres" de leur choix, mais en outre, de rompre avec l’influence judéo-chrétienne sur notre société. J’ignorais que cette seconde proposition pouvait être une fin en soi. Ni un argument. Mais dans leur bouche, il prend tout son sens. D’ailleurs Roland Dumas prend un exemple très instructif de "libération de la société" : "Il a fallu attendre 1975 pour que les enfants adultérins puissent hériter. Cette interdiction avait pour but de protéger la famille."

Protéger la famille. Nous y voilà. Est-ce un but à rechercher en soi? La question se pose, après tout. Devait-on laisser des injustices exister, pour protéger la famille? L’enfant adultérin, a priori, n’a rien fait pour mériter son sort.

Mais en y réfléchissant bien, ne devrait-on pas d’avantage aider la famille, en tant qu’institution, que modèle, que cellule de base de la société? Cette cellule qui protège l’individu de l’Etat, de la société, de l’arbitraire. Qui éveille l’enfant au monde, qui lui donne ses forces pour se battre tout au long de sa vie, qui lui donne des repères, des références. Qui est à l’enfant ce que le tuteur est à l’arbre.

Si l’on se penche à son chevet, on ne peut que constater que la famille a été bien pilonnée au cours des dernières décennies. De façon naturelle ou par le biais de lois. Divorce, familles recomposées, remariages. Eclatement géographique des familles, qui se concentraient autrefois dans un même secteur. Travail des femmes. Bientôt, mères porteuses, si l’on en croit les intervenants au débat d’hier, qui espéraient quasiment tous (le débat chez France 3, c’est quatre dans un camp, deux dans l’autre, dont un caricatural, ainsi, on manipule facilement l’opinion publique) une légalisation pour la prochaine révision des lois sur la bioéthique, en 2009. Ensuite, ce sera le mariage homosexuel. Puis l"adoption. Et… Et quoi? Car la loi finit toujours par suivre les moeurs. Parfois, elle les précède, même. Mais quoi qu’on pense de tous ces phénomènes (je n’ai rien contre le travail des femmes, par exemple, bien au contraire), ils participent tous d’un certain éclatement de la famille, d’un affaiblissement du lien de filiation (sans compter la distinction quasi-établie, désormais, entre sexualité et procréation)et d’un modèle de société qui est le nôtre depuis des siècles.

C’est un fait. Alors, qu’en penser? Faut-il à tout prix rompre avec le judéo-christianisme, au risque d’aboutir à une situation inédite, dont on ne maîtrise aucune donnée? Et qui jusqu’ici, à part rendre les gens libres, n’a pas produit des conséquences ultra-positives? Faut-il craindre cette situation, ou la craint-on parce qu’on ne l’a jamais connue? La craint-on parce qu’on est marqué, justement, par ce schéma judéo-chrétien? Faut-il privilégier la liberté plutôt que l’efficacité, la justice?

Au cours d’une visite récente effectuée dans un foyer de l’enfance, où sont accueillis en permanence une centaine d’enfants victimes (et/ou délinquants, voire psychopathes, voire les trois à la fois), j’ai été frappé par ce propos d’un éducateur. Nous parlions du rapport qu’il avait avec les enfants, les ados essentiellement, et je lui demandais s’il remarquait ou non une évolution dans leur comportement. Sa réponse était édifiante : en substance, il m’a confié ceci : ‘ "Il ne faut pas s’étonner de la situation dans laquelle sont certains jeunes aujourd’hui. Violence, stupéfiants, c’est un engrenage. On n’a pas fait grand-chose pour l’éviter. La déstructuration de la famille est d’ailleurs une des causes principales de cette maléducation." 

Une des causes. Pas la seule, bien sûr. Mais on se mordra vraisemblablement les doigts d’avoir laissé cet affaiblissement se produire petit à petit, imperceptiblement. Mais que pouvait-on faire d’autre?

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L’assemblée élargit le champ de l’IVG en catimini

On le dit un peu partout : il y a trop d’avortements en France. Environ 200 000 par an, en moyenne. Un peu moins d’après les statistiques officielles. Nous en avions débattu récemment sur ce blog : l’IVG n’a-t-elle pas tendance à se banaliser, et à devenir un mode de contraception? Est-il normal, trente ans après la loi Veil, dans un pays où l’immense majorité des femmes utilise des contraceptifs, que ce nombre effarant ne diminue pas, mais ait plutôt tendance à stagner, voire à augmenter?

A cet égard, le gouvernement vient de nous pondre un beau texte en contradiction totale avec l’impératif criant de réduction de ce chiffre. On ne reparlera pas ici du fond du problème : on l’a déjà abordé plusieurs fois ici, notamment en ce qui concerne les incompréhensions qu’on peut avoir vis-à-vis des différences de délais pour avorter entre les différents pays qui autorisent l’IVG.

Par l’article 46 du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS 2008, dont vous trouvez le contenu ici, il suffit ensuite de descendre à l’article souhaité, sachant que les rédacteurs ont eu l’intelligence de les classer par ordre croissant), voté par l’Assemblée lundi 29 octobre, le gouvernement élargit le champ de l’IVG, en autorisant les médecins de centres de plannings familiaux à prescrire des pilules abortives (IVG médicamenteuse). Au départ, ces cachets n’étaient délivrés qu’à l’hôpital. On a autorisé en juillet 2004 les "médecins de ville" à les prescrire. Désormais, cette forme d’IVG représente pas moins de 42% des avortements pratiqués en France, si l’on en croit l’AFP, le site de l’Assemblée ou encore Libération (qui se réjouit bien sûr de la nouvelle)! Autrement dit, ce n’est pas rien.

Une liberté de choix supplémentaire, justifie à l’appui de sa décision le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot. Les "motifs de cet article" sont exposés dans le texte de loi : "réduire les difficultés rencontrées par les femmes souhaitant interrompre leur grossesse", pour un "accès facilité", dans des structures où les médecins sont "tout particulièrement sensibilisés au sujet de l’IVG et compétents pour pratiquer ces actes qu’ils réalisent bien souvent, de fait, actuellement, en établissement de santé".

Faciliter l’accès à l’IVG. Une expression dont on peut se méfier : si l’on veut réduire le nombre d’avortements en France, n’est-ce pas : 1- que cet acte n’est pas anodin, quoi qu’on en pense, 2- qu’il engendre un traumatisme certain chez la personne qui décide d’y recourir?

Or l’IVG pratiquée à l’hôpital peut paraître plus "trash" que celle qui consiste à ingérer une pilule. Quoi qu’une amie me soufflait il y a quelques instants à l’oreille que le geste pouvait être tout aussi traumatisant. Nonobstant, il semble malgré tout que le but "caché" de cet article est de multiplier les voies d’accès à la pilule abortive, pour éviter que les femmes se retrouvent à l’hôpital. D’autant que de moins en moins de médecins souhaitent pratiquer l’avortement.

L’intention pourrait être louable, mais il semble que la réflexion a une importance capitale et doit être favorisée à tout prix sur ce genre de sujet. Et a priori, elle est plus susceptible d’être approfondie lorsqu’on prend l’initiative d’aller à l’hôpital, ce qui nécessite un acte de volonté fort, et une forme de persévérance dans l’intention, plutôt que lorsqu’on se rend au planning familial le plus proche. Et quoi qu’on dise, le geste d’avaler une pilule n’a pas du tout la même signification, ni les mêmes retombées, que celui de se faire aspirer le contenu de son utérus à l’hôpital.

Alors quoi, on veut déculpabiliser? Sur ce sujet important, en tout cas, on constate que l’éxécutif se garde de donner une publicité importante à ses décisions. Une simple requête sur google news suffira à décevoir votre soif d’information. Le texte a été voté en pleine nuit. Le débat s’est résumé à deux questions à Roselyne Bachelot. En fait, chez nous, on accorde plus d’importance à la libération de trois journalistes. Au salaire du président. Aux régimes spéciaux des cheminots. Quand nos concitoyens s’intéresseront-ils à leur société, à l’homme, à la vie, à leur avenir en tant qu’humain, plutôt qu’à leurs salaires, à leurs primes, à leur auto et aux régimes spéciaux? Quand on y pense, les priorités de nos sociétés "modernes" sont décidément bien étranges. Pas sûr que l’Homme en sorte gagnant…

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Empruntez, empruntez, il en restera toujours quelque chose…

Cinq enveloppes dans ma boîte aux lettres. Enfin, du courrier. Quelqu’un qui pense à moi. Depuis que j’ai opté pour le "trois fois sans frais" en achetant une machine à laver, je me sens mieux entouré. J’ai un nouvel ami, et cette fois pas chez Facebook.

C’est qu’en choisissant ce mode de règlement, vous mettez le doigt dans un engrenage  pas possible : le crédit revolving. Vous savez, ce barbarisme qui désigne les prêts à taux préférentiels et hyper concurrentiels (c’est combien déjà, les intérêts, 18 ou 19%?). Ou plutôt, vous approchez votre doigt de l’engrenage, car si vous en restez à votre engin à nettoyer le linge, vous ne risquez rien.

Une fois le contrat de vente signé, la caissière avait prévenu. "Bon, vous recevrez pas mal de lettres de Cetelem, je préfère vous prévenir". Moi je m’en moque : j’ai toujours aimé recevoir du courrier.

Quoique cette fois,  les missives sont un poil agressives. C’est à la limite du harcèlement. Une pour la carte "Aurore", qui me donne une réserve de 800 € à dépenser absolument quand je veux. En cas de pépin, de trou, de fin de mois difficile. Bien sûr, si je l’utilise, je devrai rembourser 1000, 1200€… Quel bon placement!

Ensuite, c’est une lettre me rappelant que je peux l’utiliser. Une autre lettre me précisant les conditions d’utilisation. Un troisième courrier m’expliquant les mille bons plans "informatique" de la rentrée. Allez, vas-y, tu vas la faire chauffer ou quoi la jolie carte qu’on t’a donnée? Et puis encore deux autres lettres. C’est bientôt Noël, je risque d’en recevoir d’autres encores…

J’ai caché la carte au fond de mon dossier "banque et relevés de compte". Trop peur de la regarder. Trop peur que ça porte malheur. Je voudrais la mettre au fumier, mais je ne sais si j’ai le droit.

Les surendettés, des accidentés de la vie

Il y a deux ans, j’avais effectué une petite enquête sur le surendettement dans le Nord. Un département bien adapté à ce genre de phénomène, avec son fier taux de chômage de 17%. Cet engrenage terrible, parfois fatal, qui conduit rapidement les malheureux  qui tombent dedans à dépenser chaque mois plus qu’ils ne gagnent. L’horreur. Eh bien, selon l’UFC-Que Choisir, figurez-vous que "la Banque de France a établi que le crédit revolving était présent dans 87% des cas de surendettement et qu’en moyenne, chaque dossier comportait cinq crédits revolving". Pas mal, non?

Le surendettement, c’est une angoisse sans nom. C’est une déchéance, une forme de honte. On peut parfois s’en sortir, quand on a de bons amis, une situation. Mais mes recherches m’avaient montré une chose essentielle : l’écrasante majorité des surendettés "chutent" en raison d’un accident de la vie. Une rupture sentimentale, le chômage, une maladie… Privés de ressources, les victimes de ce phénomène ne peuvent pas toujours diminuer leurs dépenses. Autant de conditions qui ne favorisent pas un retour rapide à la vie.

Il faut avoir le courage de dire que les entreprises à la Cetelem sont complices de cette situation. Complices de ces situations de désespoir, qui se règleent devant la commission de surendettement de la Banque de France. Vous savez, ces procédures de règlement personnel (Loi Borloo de 2003) qui entraînent la vente de tous vos biens, si vous en avez. Et qui n’assurent aucun suivi social : plusieurs années plus tard, vous revenez parfois faire un petit coucou à la commission : les mêmes causes produisent les mêmes effets.

C’est bien, la Liberté. Dans nos pays modernes et civilisés, on en devient naïf : comme il est "interdit d’interdire" (mai 68 produit des effets étranges, parfois…), on autorise donc des compagnies sans foi ni loi, sans scrupule ni morale, à pilonner les gens de publicité dans l’espoir qu’ils vont mettre le doigt dans l’engrenage. Alors bien sûr, j’entends déjà les libéraux de tous poils grincer des dents, et rétorquer que chacun est responsable de soi. Quand la loi n’est pas forcément morale, on en arrive là. Quand la morale est "personnelle" et ne doit pas sortir de la vie privée, on en arrive là aussi. C’est un peu comme si j’installais un stand d’armes à feu et de somnifères devant la maison des dépressifs. S’ils m’en achetaient, ce ne serait pas de ma faute s’ils l’utilisaient ensuite.

Oui, quand on a la chance de gagner correctement sa vie ou d’avoir été éduqué à ne pas dépenser plus qu’on a, on peut comme moi adopter un ton philosophe et jeter au panier tous ces courriers. En les méprisant, et en fulminant intérieurement contre ces esclavagistes modernes. Mais quand on n’arrive plus à boucler ses fins de mois, quand on ne mange plus de viande à partir du 10, et quand (il faut le dire) on n’a pas été éduqué à gérer un budget, comment ne pas être tenté par ces offres qui paraissent alléchantes et se révèlent en réalité des traquenards? Pour remplir un petit trou, on en creuse un autre, énorme.

Selon l’UFC, le Conseil économique et social propose quelques pistes de réforme : améliorer l’information des consommateurs : c’est un peu pipeau. Ce sera toujours écrit en tout petit, au verso. En revanche, une autre idée mérite réflexion. Le CES préconise que les banques ne proposent que des crédits adaptés à la solvabilité du demandeur. Quand on voit ce qu’ont donné les crédits immobiliers à taux bas aux Etats-Unis, cette proposition ne paraît pas idiote.

Il y aurait une autre solution, dont ne parle pas le CES : interdire purement et simplement les crédits revolving. Qu’apportent-ils à l’humanité? Quel est leur bilan intérêt-inconvénient?

Mais à cette proposition, les libéraux répondraient "obscurantisme" et "retour en arrière". Vraiment, j’aime la modernité et la façon dont on laisse l’humain être broyé au nom de la sacro-sainte liberté… Il y a des principes avec lesquels il ne faut pas transiger!

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