Archives mensuelles : octobre 2007

Quand « le Monde » se pâme pour le porno chic

L’hédonisme est vraiment la nouvelle religion à la mode. On lui voue un culte à n’en plus finir. On ne pense qu’à ça. Et la pornographie, elle, fait tout ce qu’elle peut pour s’insinuer partout, y compris sous couvert d’art, de littérature, de « chicos ». Dans son édition de mercredi, le Monde nous faisait l’éloge de Second Sexe, un site internet dont le mot d’ordre est clair : « la jouissance des femmes est désormais sans limite ». Tout un programme! Plus d’entrave à la jouissance, super!

Le titre fait référence, comme notre « quotidien de référence » nous le confie, au « Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Un support féministe, donc.

Son but est de « mettre en ligne un site portail, dédié à l’ensemble des différents aspects de la sexualité de la femme », littérature, e-commerce (sex toys : vive la libération de la femme, elle peut désormais s’amuser toute seule, quel progrès!), conseils en sexologie, mais aussi lectures par des artistes de textes érotiques et pour finir, un espace de « vidéos à la demande », qui ne contiendront pas d’extraits de Bambi, mais « essentiellement des films faits par des femmes pour le plaisir des femmes ». Le plaisir, encore et toujours. D’ailleurs, l’objectif de la société éditrice du site est  « d’aider les femmes à se déculpabiliser, et d’autre part à aider à la stimulation de son désir. » Diable, nous sommes naïfs! Nous pensions naïvement que nous vivions dans un monde où tout n’était pas stimulation du désir, dictature des sens et rabaissement perpétuel de la condition féminine, bien souvent réduite au rang d’objet! Tu parles d’une libération… Même les pubs d’aspirateurs sont vendues par des femmes nues comme Eve, de nos jours.

En ce qui concerne les vidéos qui seront diffusées sur ce site, qui est interdit aux mineurs (oui, il suffit de cocher « j’ai plus de 18 ans » pour y pénétrer), une seule ambition : « inventer un nouveau genre : la pornographie esthétique ».

On y est! Du porno vulgaire, trash, ça non. C’est pour les beaufs, ça! C’est « contraire à la dignité de la femme »! Mais si c’est beau, si c’est chic, on peut faire un article dans Le Monde… C’est propre, il y a de belles couleurs, des caractères élégants… Et puis Karin Viard qui lit des textes! Vous rendez-vous compte, madame la marquise?

Le Monde, lui, se pâme. Ce n’est  « pas chose aisée que de s’aventurer en pareil terrain miné ». Mais ça peut rapporter un bon paquet de dollars, en revanche! Peu importe pour le quotidien du soir. Ce qui compte, c’est que ce ne soit pas « racoleur ». Pas racoleuses, ces « nouvelles orgasmiques »? Pas racoleuses, ces histoires de femmes fouettées? Pas ridicules, ces objets horribles qui ont pour seuls objectifs d’atteindre seul la jouissance sacrée? Cette jouissance qui semble pour beaucoup devenir le seul, le dernier objectif à remporter?

Qu’un journal comme Le Monde se fasse l’écho de tels « phénomènes de société », dignes de l’égoût, n’est pas très étonnant. Mais décevant, et la déception, on ne s’y habitue jamais. En ce qui concerne ce quotidien, on ne sera jamais au bout de nos surprises. Dès que c’est lounge, in, cool, on fonce. Enfoncer des portes ouvertes, on sait faire. Comme dirait Gustave Thibon, « être dans le vent, une ambition de feuilles mortes ».

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Pourquoi l’Europe se méfie-t-elle sans cesse des peuples?

Le collègue kiwisien Edgar, qui tient le blog eurosceptique La Lettre volée, est parfois excessif. Mais ses propos tiennent lieu de piqûre de rappel permanente : Edgar est donc un empêcheur de tourner en rond permanent, ce qui est très utile à la démocratie et au débat. Un bon exemple de critique sans concession de la construction européenne, qui quoi qu’on en pense ou qu’on en dise, n’est ni inéluctable, ni incontournable, ni indispensable. Ni définitive! Et force est de constater qu’en ce qui concerne le mini-traité européen adopté par les chefs d’Etat et de gouvernement au sommet de Lisbonne, la semaine dernière, il a entièrement raison de parler de « haute-trahison ».

Un article qui a fait l’objet d’une discussion très riche, et qui montre les ambiguïtés et les incompréhensions entre ouistes et nonistes. Ce qui est dingue, après tout, c’est qu’il ne s’agit même pas de discuter du contenu de ce traité, mais de la procédure de ratification choisie par l’Elysée, en contradiction flagrante avec les règles démocratiques les plus élémentaires.

Car de quoi s’agit-il? On l’avait déjà démontré ici : le traité de Lisbonne (passera-t-il ainsi à la postérité?) est, peu ou prou, identique au Traité Constitutionnel Européen proposé au vote des Français en 2005. VGE lui-même se satisfait que « l’essentiel » ait été préservé: « Les propositions institutionnelles du traité constitutionnel – les seules qui comptaient pour les conventionnels – se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent «  (et surtout, insérées dans des amendemants aux traités antérieurs). Même si ce texte présente l’avantage, en étant privé de la partie III du TCE, d’enlever bon nombre de réticences liées à la « concurrence libre et non faussée », qui inscrite ou non, continuera toutefois à présider aux politiques publiques européennes…

Dans ces conditions, pourquoi refuser de redonner la parole aux électeurs? Pourquoi avoir peur d’eux, pourquoi ce déni de démocratie? On a glosé, pendant la campagne référendaire, sur le « déficit démocratique » de l’UE. On le constate certes à chaque élection au parlement européen, lorsqu’on parle de tout sauf d’Europe. Mais on le remarque surtout quand on prive les citoyens de leur droit de s’exprimer sur un sujet qui les engage peut-être d’avantage qu’une élection présidentielle!

On peut d’ailleurs observer que ce schéma n’est pas spécifique à la France. Qui, à part l’Irlande, a décidé de recourir à un référendum pour valider ce traité? Personne. Comme si c’était un risque. Comme si nos élites représentantes étaient les seules de pouvoir juger d’un tel sujet… Alors oui, haute-trahison me paraît le terme adapté. Vous dites non, ça sort par la porte et ça revient par la fenêtre!

Et ce qui me fait rire, ce sont ceux qui prétendent qu’en cas de référendum, le vote est « pollué », « manipulé », et que les gens, en gros, n’y « comprennent rien ». Qu’il vaut donc mieux éviter de leur poser la question. Je pourrais être d’accord avec ce raisonnement dan sl’absolu, n’ayant jamais considéré que l’avis de chacun avait le même poids. Après tout, sommes-nous tous aptes à donner notre opinion sur tout et n’importe quoi? Mais là n’est pas le problème : nos ancêtres, bien leur en fasse, ont choisi de décapiter un roi pour instaurer un pseudo régime républicain et démocratique. Basé, comme chacun sait, sur le principe selon lequel c’est le « peuple qui gouverne ». Alors?

Dans ce cas, faut-il interdire aux citoyens d’élire leur président, leurs députés, leur maire? Le scrutin, là, ne peut pas être « pollué »? Faudrait savoir. Et j’aimerais bien qu’on me donne une raison valable de passer outre le non de 2005 en faisant ratifier ce traité par le Congrès. Vraiment!

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Plus de sécurité avec moins de policiers?

Désormais président, Nicolas Sarkozy n’a pas pour autant coupé les ponts avec la place Beauvau, qui lui a servi de véritable laboratoire politique et de tremplin vers l’Elysée. Avec Frédéric Péchenard à la tête de la DGPN (direction fénérale de la police nationale) et Michel Gaudin à la Préfecture de police de Paris, l’ancien ministre de l’Intérieur a deux « proches » dans la place, qui lui permettent de court-circuiter Michèle Alliot-Marie et d’avoir toujours la haute-main sur la police.

Avec lui, les grandes réformes de la Maison Poulaga sont en marche. Pour le meilleur comme pour le pire… On a d’abord eu la fusion DST-RG. Un serpent de mer enfin concrétisé. A vrai dire, cela faisait des années que cette révolution était dans les cartons, depuis que les RG ont « officiellement » arrêté leur travail « politique », et ne planchent désormais quasiment plus que sur la prévention du terrorisme islamisme. Les risques de doublons avec la DST étaient trop forts : le gouvernement a eu le courage d’aller à l’encontre de ce que désiraient ces services. Car ici comme ailleurs, les rivalités sont importantes. Qui dit fusion, dit un seul chef, au lieu de deux. Et ainsi de suite dans toutes les subdivision territoriales… Ceci explique cela!

Première réforme courageuse, donc. Et la refonte du système devrait se poursuivre : il faut s’attendre, à moyen terme, à une fusion police-gendarmerie, les forces armées n’ayant plus vocation en Europe à pratiquer le maintien de l’ordre. Les Belges ont déjà enterré leur gendarmerie, après tout. Et puis, le rapprochement entre la police et les douanes pourrait suivre, tout comme la réorganisation de CRS complètement anachroniques.

Tout cela, c’est le meilleur. Des idées qui tendent à faire coïncider l’organisation de la police avec la réalité du terrain. Le pire, en revanche, et qui est l’objet de cette note, c’est la volonté de tailler dans les effectifs de police, en profitant des départs à la retraite. Selon le Figaro, un document de travail du ministère du budget évoque la suppression de « 8.375 et 10.375 emplois équivalents temps plein (ETP) de policiers et de gendarmes, entre 2009 et 2011″, Aujourd’hui, on compte environ 120 000 policiers et 100 000 gendarmes.

Sans rentrer dans les détails de la méthode (fermeture de brigades de gendarmerie, allongement du temps de travail des policiers…), l’idée générale de ce projet est de centraliser de plus en plus les forces de l’ordre, afin de rationnaliser et de gagner des postes. Pourquoi, dans une agglomération, avoir deux brigades criminelles dans deux communes différentes, si on peut en avoir une seule? Pourquoi avoir un centre gérant les appels au 17 pour chaque commissariat, si l’on peut en avoir un seul pour tout le département?

J’ai une certaine légitimité à parler de la question. Sans entrer dans les détails, j’ai l’occasion, dans mon travail quotidien, de côtoyer des policiers et j’en connais un bout sur leur façon de s’organiser et de communiquer.

En gros, l’argument des ceux qui défendent cette réforme est celui-ci : on va centraliser, gagner des postes, ce sera plus efficace. D’ailleurs, vous voyez bien qu’on va sur le bon chemin vu l’amélioration constante de nos résultats.

Deux remarques, au sujet de ces chiffres. La première, c’est qu’on peut les interpréter dans tous les sens qu’on veut, et les manipuler aisément :

- Interprétation : « les infractions à la législation sur les stupéfiants ont baissé de 30% en octobre » (exemple sans fondement). Qu’est-ce que ça veut dire? Que les gens ont moins consommé de drogue, qu’on a moins attrapé de dealers, ou qu’on a décidé d’orienter, ce mois-ci, le travail des enquêteurs sur un autre thème? Les chiffres, ont cet intérêt, surtout : voir où est la délinquance, dans quel secteur, et s’organiser et frapper en fonction.

- Manipulation ; rien n’est plus facile que de manipuler les chiffres. On a déjà parlé ici de cet ouvrage publié par deux chercheurs, démontrant comment la police jongle avec les chiffres. A lire absolument.

Deuxième remarque au sujet des chiffres, le taux d’élucidation est la plus grosse arnaque qui existe dans la police. C’est en gros l’indicateur mesurant l’efficacité des forces de l’ordre. Il représente le pourcentage d’affaires considérées comme « résolues », par rapport au nombre d’infractions constatées. En France, ce taux flirte avec les 35%.

- Une affaire peut être considérée comme résolue à partir du moment où un suspect a été présenté à la justice. On ne s’intéresse pas au résultat de la procédure judiciaire : si le prévenu ou l’accusé est relaxé, le fait est quand même élucidé!

- Avec la course à l’échalotte, les policiers et gendarmes de terrain sont contraints de ramener chaque semaine un certain nombre de « TA » (timbres amendes). Et les unités d’enquête ont des objectifs de résultat. Celles-ci ont donc tout intérêt à priviliégier les enquêtes a priori « faciles » et pas trop longues à résoudre. Ce qui ne veut pas dire qu’elles laissent tomber les autres. Quant aux patrouilles de terrain, le plus simple pour elles est de s’installer à un carrefour et à choper tous ceux qui conduisent sans ceinture ou en téléphonant. Une amende délivrée = un fait constaté et résolu en même temps! Le policier atteint son quota, et son chef est content : il fait grimper le taux d’élucidation artificiellement et sans trop se donner de mal!

La diminution des effectifs n’est donc pas problématique en soi. Mais accompagnée de cette politique du résultat typiquement sarkozyste (rechercher l’objectif n’est pas blâmable en soi, mais il l’est dans ces conditions), elle nous conduit à la catastrophe. Les résultats ne baisseront pas, à coup sûr : il suffit de les orienter où on veut. L’insécurité, elle, augmentera irrémédiablement.

Globalement, la police agit constament pour faire baisser le sentiment d’insécurité plutôt que l’insécurité elle-même. Elle met le paquet sur les affaires médiatiques. Musèle la presse en ne l’informant que de ce qui l’arrange, en la censurant et en la menaçant : j’en ai été témoin.

Elle met un maximum d’uniformes sur la voie publique pour rassurer les gens (surtout dans les centres-villes, les banlieues, faut pas exagérer non plus, eux on leur envoie les CRS), mais en piquant sur les effectifs d’investigation ou de police-secours. Vous savez, ces unités qui secourent les gens, les victimes de violences conugales et tous ceux qui composent le « 17 » (quand on leur répond, au bout de parfois 5 à 10 minutes d’attente).  On diminue l’accueil dans les commissariats, ce qui fait que si vous voulez déposer plainte le week-end, vous devrez vous lever de bonne heure et disposer de la vertu de patience. Avoir aussi une bonne voiture, pour rallier la ville la plus proche.

Le policier de terrain, lui, n’est pas en cause: il dénonce lui-même cette politique. Les chefs, eux, agissent sous la férule du supérieur direct. Se plaignent en off. Chacun craint pour sa place… Et la sécurité du citoyen, là-dedans?

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L’opération Radiohead cartonne!

En trois jours, 1,3 millions d’exemplaires de l’album In Rainbows ont été téléchargés sur le site internet de téléchargement légal. Le dernier opus de Radiohead y avait été mis à disposition le 10 octobre. L’album est très bon quoiqu’un peu mou du genou. Un petit air de déjà entendu. Mais la fanitude ne se décrète pas : elle s’assume. Petit faible pour Jigsaw falling into place, Reckoner et Nude.

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser, le public a joué le jeu : alors que le prix était laissé à l’appréciation de l’internaute, la moyenne de paiement serait de 6€ pour les premiers jours, puis de 3,75€ depuis. La majorité n’a rien donné. J’en suis : je l’achèterai plus tard, avec un vrai CD, une pochette, les paroles pour chanter dans son fauteuil. On ne va pas payer deux fois. La fanitude a des limites.

Bon indicateur du succès de In Rainbows : Sur last fm, ce merveilleux endroit dédié aux accros de musique, les dix titres de l’album sont en tête des charts de la semaine du 7 au 14 octobre! 67 000 auditeurs ont passé 15 step 263169 fois… Et Radiohead est également en tête des artistes les plus écoutés :  plus de 3,3 millions de titres de la bande d’Oxford ont été enregistrés durant ces sept jours… Derrière, les Beatles (2e) sont à 844600!

Le pari de Radiohead est donc réussi. Mais l’expérience montre aussi que la gratuité ne semble pas pouvoir vaincre le téléchargement illégal : le jour de la sortie de l’album, celui-ci a été téléchargé parallèlement 240 000 fois, avec ensuite 100 000 téléchargements supplémentaires par jour, selon l’institut Big Champagne (lien récupéré via Versac). Toujours selon Big Champagne, les téléchargements illégaux devraient dépasser dans les prochaines semaines les acquisitions légales de In Rainbows… Normal, beaucoup trouvent plus simple d’obtenir l’album sur un site qu’ils connaissent plutôt qu’en cherchant vainement le lien menant vers le précieux sésame.

C’est égal, En agissant ainsi, Radiohead va gagner autant qu’en passant par EMI. Le seul hic, c’est que si tous les groupes confirmés agissent ainsi, les « petits » ne seront plus managés, faute de sous pour investir et prendre des risques. A terme, ce sera donc la jungle. Mais je crois que notre monde commence à avoir l’habitude.

P.S : le lien vers In Rainbows, le voici.

P.P.S : je suis pas mal en imprésario de Thom Yorke, non?

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Henri Guaino, je vous demande de vous arrêter!

Quelle plaie. Quelle épine dans le pied des gens raisonnables. Henri Guaino, cet imposteur, ce héraut du cynisme et de la petite phrase, qui croit en la « France éternelle » mais n’a pour seul objectif que de plomber la gauche, m’agace. Mes poils se hérissent dès que sa voix atteint mes organes auditifs. Que son nom apparaît dans les journaux. Ou que son visage – qui ressemble trop à celui d’Alain Chabat – apparaît à la télévision.

Car cet équilibriste-illusionniste n’a pas de doctrine. Il n’a pas de vision pour la France. Juste une bonne plume, du vocabulaire, des mots qui font mouche. C’était lui, la « Fracture sociale » en 1995. On sait ce qu’elle est devenue. Et en 2007, les fameux discours prononcés à Périgueux, Agen et Nîmes, c’était lui aussi. Ces phrases où Sarkozy sentait la France en profondeur, l’incarnait. La France qui souffre, le droit au logement opposable, et puis, ces évocations de Jaurès, Blum et Guy Môquet. Que du vernis.

Non content d’avoir traité BHL de « petit con » (ce qui n’est pas forcément faux mais pas très élégant), Guaino fait aujourd’hui l’erreur de s’attaquer violemment à certains enseignants : ceux qui refusent de lire la lettre de Guy Môcquet à leurs élèves, comme l’avait souhaité le Président de la République le jour même de sa prise de pouvoir.

« Je ne sais pas quelle est l’éthique de ces professeurs-là, pour qu’ils prennent en otage un moment d’émotion collective pour des raisons dont on a bien compris qu’elles n’avaient rien à voir ni avec le contenu de la lettre ni avec leur devoir de professeur ou leurs scrupules d’historiens. C’est une inquiétude purement politicienne, corporatiste, idéologique d’un certain nombre de gens qui saisissent toutes les occasions pour faire en réalité eux-mêmes leur propagande (…) Tout cela est très triste et amène à s’interroger sur ce que doivent être au fond à la fois l’éthique et les devoirs d’un professeur dont la Nation a payé les études, dont la Nation paye les salaires et auxquels la Nation confie ses enfants », a-t-il lancé au micro de RTL.

Et la volonté de Sarkozy de faire lire cette lettre, n’est-ce pas une attitude purement « politicienne et idéologique »? « Toute personne lisant cette lettre ne peut pas ne pas être émue », ajoute Guaino. Argumentation choc. Quel est le but de cette lecture? Emouvoir les lycéens pour les faire réfléchir? Les faire réfléchir à qui, à quoi? A l’engagement des résistants? A l’amour de la Patrie ou à celui du parti?

Et puis, dans la façon dont le fringant conseiller spécial de l’Elysée présente les choses, on sent un certain soviétisme. La Nation forme les profs, les paie, donc ils font ce qu’on leur dit et puis c’est tout. Et le libre arbitre? La conscience de chacun? Je n’ai pas de sympathie particulière pour les enseignants à l’origine de cette démarche. L’idéologie n’est sûrement pas étrangère à leur attitude. Et on peut s’indigner de la façon dont les profs utilisent parfois leurs convictions en cours, que ce soit en philo, en histoire ou en géographie. En résumé, les professeurs ont un devoir de neutralité qu’ils doivent scrupuleusement respecter. Il n’empêche qu’on peut très bien considérer, comme c’est mon cas, que ce jeune homme sans doute admirable est mort pour son parti et non pour la France. Et ainsi, refuser de donner un écho disproportionné à cette lettre. De se livrer à une manipulation de l’histoire. On a pu lire dans Libération le témoignage de ce prof de Maubeuge qui compte lire la lettre et faire suivre cette lecture d’un cours sur la manipulation politique. Si j’étais prof, j’aurais aimé avoir la même idée. Au fond, Guaino a raison dans l’absolu, mais son raisonnement ne peut pas s’appliquer correctement au cas d’espèce.

D’autant plus qu’il ne faut pas pousser : nous, génération qui n’avons jamais vécu la guerre, avons été abreuvés depuis notre plus jeune âge avec les films de guerre, les exploits des résistants, leurs témoignages, les musées sur le génocide juif, les rappels sur la Shoah, le débarquement de Normandie et autres mausolées pour militaires disparus au combat. La Bataille du Rail, le Pont sur la Rivière Kwaï et la Grande Vadrouille., sans oublier la Grande Evasion. La deuxième guerre mondiale est connue, archiconnue, mieux que toute autre chapître de l’histoire de France. Je défie quiconque d’en savoir autant sur les guerres napoléoniennes, les réformes de Louis XIV et même peut-être la Révolution française. Alors, est-il essentiel d’enfoncer le clou une nouvelle fois, avec ce monument d’émotion? Le programme scolaire habituel ne suffit-il pas?

Et puis, on ne voit pas bien pourquoi Guaino vient nous rabattre les oreilles avec ses sautes d’humeur : le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, a bien précisé hier que la lecture de cette lettre n’avait pas de caractère coercitif. Il n’y aura donc pas de sanction pour les rebelles.
Comme dans l’affaire BHL, il y a ici une morale à méditer pour Henri Guaino : lorsqu’on s’exprime de façon orale, il faut réfléchir, comme lorsque l’on écrit un beau discours. En somme, il faut parfois apprendre à tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de s’énerver. Et toc.

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Radiohead : pied de nez à EMI et joli coup marketing

Oyez, oyez, le nouvel album de Radiohead, In Rainbowssort demain. Bonne nouvelle pour tous les aficionados du leader du rock indépendant. Mais fait de société en soi également, puisque le produit sera disponible sur internet uniquement, s’il vous plaît! Pour le prix qu’il vous plaira (c’est-à-dire supérieur ou égal à zéro : « it’s up to you », répond le site lorsqu’il s’agit de payer…), et moyennant de longues minutes d’attente, vous pourrez télécharger l’intégralité des titres du premier CD de In Rainbows.

En rupture avec la maison de disques EMI (ou plutôt avec sa filiale Parlophone), Thom Yorke et ses petits copains ont donc décidé d’autoproduire cet opus (merci à l’éternel Nigel Godrich), chamboulant encore un peu plus un secteur économique déjà sous pression depuis plusieurs années et la chute des ventes de disques. Et squouizant ainsi les fameuses majors, qui n’ont pas volé ce beau pied de nez.

Pas vraiment étonnant : la bande d’Oxford s’est toujours distinguée par ses positions iconoclastes, à rebours des artistes de son niveau et de son temps. Le groupe n’est jamais tombé dans le tout marketing, refusant les tournées gigantesques à la U2, se moquant du téléchargement illégal, et ne faisant guère parler de lui autrement que pour sa musique. On n’a d’ailleurs pas trop à se plaindre de ce côté là, tant Radiohead a brillé, depuis Pablo Honey en 1993, par le renouvellement de son style, ses prises de risques et ses prestations live toujours autant explosives. Ah, ce concert aux Arènes de Nîmes, le 14 juillet 2003…

Se pose pourtant la question de la portée de ce nouveau coup d’éclat. Certes, chacun pourra payer ce qu’il veut pour In Rainbows. Peanuts y compris. Certes, on pourra enfin passer outre les prix hallucinants pratiqués par EMI et compagnie (merci les Beatles à 25€), et décider d’un « juste prix ».

Mais on peut aussi considérer que Radiohead, de par sa notoriété et son succès, ne prend pas grand risque à agir ainsi. De plus, vous pouvez réserver dès à présent un joli coffret (avec un CD supplémentaire, des photos, laversion vinyle de l’album…) sur le site officiel, pour la modique somme de 40€. Il sera disponibleà partir du 3 décembre. Et un porte-parole du groupe a confirmé récemment que le disque sortira bien de façon traditionnelle début 2008…

Radiohead serait d’ailleurs en pourparlers à ce sujet avec plusieurs maisons de disques : on ne publie pas un album à plusieurs millions d’exemplaires en se rendant dans la petite boîte de prod’ du quartier. Alors, qui pour cette poule aux oeufs d’or? De nouveau EMI, Warner, ATO Records? «Les membres du groupe sont extrêmement fiers de cet album et croient qu’il mérite une grande diffusion, soutient un impresario du groupe. Voilà pourquoi nous avons besoin d’une maison de disques qui possède l’infrastructure nécessaire à la distribution du CD.»

Quoi qu’il arrive, Radiohead pourra de toute façon se permettre de rester indépendant et de disposer de son propre label. Mais il est également assuré que son pied de nez à EMI est aussi un beau coup commercial. Qu’à cela ne tienne, tout bon chafouin est fan de Radiohead et se réjouit envers et contre tout de la beauté du geste. Et de ce coup de semonce adressé aux majors, qui décidément, auront tout fait pour contribuer à la mort du disque.

Allez, pour vous allécher d’ici demain… Cet extrait live de 15 Step.

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Libéralisation du travail dominical : ça se précise…

Interrogé hier sur BFM, Luc Chatel, le secrétaire d’Etat à la Consommation, a confirmé que les négociations étaient déjà ouvertes au sujet d’une libéralisation du travail le dimanche. Avec pour objectif  de légiférer dès le début de l’année prochaine.

Luc Chatel souligne le soi-disant « paradoxe français » en ces termes : « Dans certaines grandes agglomérations, des commerçants ont la volonté d’ouvrir leurs magasins » le dimanche mais il y a « un blocage administratif qui fait qu’on ne peut pas », précisant que « le but du gouvernement est de libérer tout cela ».

On a déjà souligné ici les nombreux arguments qui militent pour un refus de légaliser le travail le dimanche.

Ce qui est choquant, dans les propos du secrétaire d’Etat, c’est l’absence totale d’argumentation crédible à l’appui de son discours. Les commerçants le veulent, l’administration refuse, donc on va réformer. Circulez, y’a rien à voir. Avec en filigrane, dans la bouche de Chatel, le dédain pour le traditionnel « carcan » de notre modèle social, qui encore une fois, empêche le « progrès libéral » de s’accomplir.

Luc Chatel explique malgré tout que le but est de « libérer de la croissance ». On imagine cette pauvre croissance, enfermée dans une pièce de quatre mètres sur deux, d’où elle ne pourra sortir qu’en incitant encore d’avantage les consommateurs à se ruer sur les étalages, le seul jour de la semaine où les familles et les citoyens sont épargnées par le grand cirque des magasins. Quel chagrin.

Là encore, on ne pense qu’à l’économique, en négligeant le social. Là encore, ou oublie la famille, cette fameuse cellule de base de la société déjà bien mise à mal, et qui à mon sens a tout à perdre avec ce projet.

Mais ce n’est pas grave. Si la croissance se « libère », enfin, l’homme sera heureux! Encore une belle rupture en perspective…

A lire également sur ce thème, le point de vue de Seb de CaRéagit.

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