Archives mensuelles : août 2007

L’économie, véritable guide spirituel de l’Occident "moderne"

Un peu écoeuré, après tous ces commentaires démesurés sur l’Université du Medef, organisée hier dans le cénacle, le saint des saints, j’ai nommé HEC. Sur la présence ultramédiatisée de Sarkozy, sur le discours économique du patron des patrons (non, pas Parisot, Sarko). Sur ce triste spectacle : voir tout le monde en haleine pour savoir "ce qui va se passer" au sujet de la reine économie. On se serait cru, hier, au beau milieu d’une journée pas comme les autres. Une journée spéciale. Où il fallait être pour compter. Vous écoutiez Info, Inter, Europe 1 ou RTL en vous levant, vous ne pouviez y échapper. Trémolos dans la voix. Reporters, envoyés spéciaux, allez coco, ça c’est bon! Vous allez déjeûner, autoradio, on vous ressert le même plat. "Mais était-ce la place de Nicolas Sarkozy, l’université d’été du Medef?". Les débats profonds. Laissez-le, ce brave homme. Il a bien le droit de discourir devant qui il veut. Et en l’occurrence, devant les principaux intéressés : les patrons.

Economie, économie. Comme si le chef de l’Etat avait les moyens (à défaut de la volonté) de changer quoi que ce soit. Comme si l’économie changeait réellement nos vies. Comme si elle était la condition de notre bonheur sur terre. Comme si elle incarnait une espèce de Veau d’or du XXIe siècle. Qui sera aussi celui de la dépression (nerveuse, celle-là). Comme si on était tous concernés. Comme si c’était une lutte, une bagarre, à laquelle il fallait tous prendre part. Mais qu’y peut-on?

Attention, personne ne prétend que le sujet n’est pas important. Il l’est, il faut en parler, expliquer, pour des gens comme moi qui n’y comprennent pas grand-chose. Mais tout de même. Quelles emphases journalistiques, quel traitement de l’information! Quand on pense à tous ces bien-pensants (oui oui, FOG, tu t’es reconnu) cherchant à nous faire croire que nous vivons en pays marxiste où les libéraux n’auraient pas droit de cité. Alors qu’on nous bassine nuit et jour avec les cours de bourse, les fluctuations du pétrole, le niveau du yen. Alors que des gens pleurent lorsque les exportations sont faibles. Et qu’un magazine s’appelle "Mieux vivre votre argent".

Côté web, Koz et Versac (entre autres) ont été impressionnants de zèle avec leur liveblogging en direct de Jouy. Quatre posts chacun! Bien sûr, ils en ont tout à fait le droit et leurs sujets sont intéressants. Il n’y a rien de personnel là-dedans. Mais c’est assez comique, assez révélateur de voir où vont les priorités. Ce n’est pas aussi prolixe que pour le deuxième tour de la présidentielle, mais on n’en est pas très loin! Franchement, quel était l’enjeu décisif de cette journée? Qu’en retiendra-t-on, à part que Sarkozy se croit toujours en campagne? Qu’il ressasse des promesses déjà réalisées pour certaines (enfin, en partie…)?

Pendant ce temps, une info passe quasiment inaperçue : dans Le Point de jeudi, François Hollande se déclare – ou presque – candidat pour la présidentielle de 2012. Sacré Flamby.

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Vie privée des politiques : la grande hypocrisie

Et voilà! Closer a été condamné aujourd’hui à 15 000€ d’amende pour avoir osé diffuser des photos de François Hollande en compagnie de sa compagne! Et en quel honneur? Au nom du préjudice moral subi par Valérie Trierweiler, l’heureuse élue.

Et quel préjudice? A première vue, ce jugement semble sanctionner le magazine, mais en réalité, celui-ci a gagné puisque le retrait de Closer des kiosques, réclamé à toutes forces par Hollande, n’a pas été demandé par le tribunal de Nanterre. Encore heureux! Mais 15 000€, c’est déjà trop. Pourquoi devrait-on taire une relation montrant toute l’ambiguïté des rapports entre la presse et les politiques? Pourquoi devrait-on cacher que celle qui suivait pour Paris-Match l’actualité du PS depuis 2004, va au cinéma le soir avec son chef, avant de lui baiser le front? Pourquoi toucherait-elle 15 000€ pour cette "dénonciation" qui aurait dû être publiée depuis bien longtemps? N’est-ce pas ce genre de condamnation qui incite les journaux, au sens large du terme, à se taire? 

Closer n’ayant pas été retiré des kiosques, faut-il en déduire que désormais, on a le droit de tout montrer? Ce serait une belle erreur. Mais en l’occurrence, quel scoop Closer a-t-il dévoilé? La liaison de Hollande avec la journaliste politique (non non, les journalistes restent indépendants, on vous dit!), était connue depuis quelques mois. "Nous ne faisons que publier des photos relatant une histoire qui s’écrit dans divers magazines, de nombreux livres et sur des sites internet depuis des mois", explique la rédactrice en chef du mag people, Laurence Pieau, qui a beau jeu de parler d’ "hypocrisie". De nombreux blogs ont effet lâché l’information ces derniers mois…

François Hollande, lui, donnait hier sur RTL sa petite définition de la séparation entre les sphère spubliques et privée : "On doit exiger de la transparence de la part des personnages publics mais on n’a pas à s’ingérer, à s’immiscer dans leur vie personnelle et je crois que c’est très important, pas pour moi, mais pour l’ensemble de vie politique de faire cette séparation". Flamby, quand tu nous tiens… tu nous fait bien rire.

On croit tomber sur la tête! Qui s’est pavané pendant tout ce temps aux côtés de sa soi-disant compagne, alors qu’en fait, chaque soir, il allait en rejoindre une autre? Il ne faut pas confondre respect de la vie privée et schyzophrénie, tout de même. Le cas Hollande rejoint exactement celui de Sarkozy, qui tout en maintenant une liaison avec la journaliste du Figaro Anne Fulda, continuait de se présenter aux yeux des Français ébahis comme chef d’une famille constituée de sa propre personne, de Cécilia et de leurs enfants.

On ne doit pas tout savoir, bien sûr. Si Dominique Perben sort avec sa femme de ménage, cela ne me regarde pas. De la même façon que les vacances de Martine Aubry ne nous concernent en rien. Mais si Marie Drucker est en relation particulière avec un ministre, cela nous importe. Et si Sarkozy drague les paparazzis, il ne peut pas se plaindre s’ils le suivent jusque sur son lieu de vacances.

Et lorsque Hollande s’affiche avec une compagne qui n’est pas la sienne (Ségolène Royal) et s’en sert politiquement, alors je crois profondément que c’est non seulement un droit, mais aussi un devoir de la part des médias de nous en alerter. D’autant plus si la compagne réelle est chargée de suivre pour un hebdo l’actualité du parti socialiste! Car de quoi se plaint Hollande? Qu’on montre sa vie privée, c’est-à-dire des photos de vacances,  ou qu’on dévoile à la France entière le nom de sa compagne?

Le phénomène d’intérêt des magazines people pour les politiques est "relativement" nouveau. Mais s’il prospère, à qui la faute? Ségolène Royal invite les médias à la filmer à la maternité avec son nouveau-né! Sarkozy invite les médias à couvrir le moindre de ses footings! Comment comprendre que les mêmes exigent qu’on respecte leur vie privée? La frontière a bougé, et ils en sont largement responsables… Alors cessons l’hypocrisie.

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La Belgique est-elle vraiment condamnée à mort?

Difficile d’avoir un avis éclairé sur les crises de foi qui frappent de plus en plus régulièrement la Belgique. A chaque fois, on pronostique sa chute, la scission entre Wallonie et Flandres, et la fin de ce royaume dont l’identité semble bancale. Ce pays "né d’un accident de l’histoire", comme se plaît à le répéter Yves Leterme, président de la région flamande jusqu’aux dernières législatives, qu’il a remportées. Et à chaque fois, celle-ci est reportée…

Malheureusement, depuis cette victoire, les négociations en vue de la formation d’un gouvernement patinent. Les alliés wallons potentiels d’Yves Leterme, dont il a besoin pour disposer d’une majorité à la tête de la fédération, refusent que soient inscrits dans le programme gouvernemental de nouvelles décentralisations vers les régions. Leterme ne sera donc pas premier ministre pour le moment, devant la désapprobation qu’il suscite chez les francophones. Jeudi dernier, il a jeté l’éponge…

Et paf, nouvelle crise. Et nouvelles interrogations quant à l’avenir de la Belgique. La séparation redoutée, virtuellement concrétisée dans un documentaire-fiction diffusé en décembre dernier par la RTBF, semble se préciser. Cette fois, est-ce la "bonne", si l’on peut dire? Ce qui étonne, c’est qu’un récent sondage du quotidien La Dernière Heure a montré que 70% des belges croyaient à un "avenir à long terme" de leur pays. Chez les Flamands, ils seraient près de 40%, au contraire, à souhaiter l’indépendance de leur région.

Au final, quelle est donc la réalité ? La scission est-elle inéluctable? Peut-elle découler du blocage institutionnel actuel, et malgré l’opinion contraire d’une majorité de Belges? L’amie Rose Noire pourrait peut-être nous éclairer. Son point de vue est original : bien qu’étant francophone, elle ne voue pas pour autant Leterme (et les libéraux flamands qui veulent se débarraser du "boulet wallon") aux gémonies. Parce qu’elle partage les mêmes idées économiques que lui, qu’elle est d’accord avec lui pour dire que la Belgique, "c’est une création artificielle, ce sont deux populations de culture tout à fait différentes collées ensemble par un hasard de l’Histoire", et qu’elle regrette que ses compatriotes francophones ne pratiquent pas d’avantage le flamand. Bref, pour elle, "tout ce truc va se casser la figure". Un témoignage qui montre que le "front" francophone est plus divisé qu’on ne pourrait le penser à ce sujet.

Habitant dans une zone frontalière de la Belgique, il m’arrive de passer outre-Quiévrain et pas uniquement pour acheter des cigarettes. Mon point de vue est donc nécessairement incomplet puisque je ne prétends pas avoir réalisé une étude sociologique profonde sur la question. Mais ce qui me frappe en Wallonie, c’est qu’on a le sentiment d’y voir un peuple résigné. Passif face à l’événement. Une population qui se victimise et se sent injustement traitée par les Flamands, qui ne se privent pas, en effet, de soumettre certaines communes environnant Bruxelles – en zone flamande mais majoritairement francophones – à un diktat culturel et linguistique. En Flandre, on sent une activité débordante, une envie de réussir. Mais on sent aussi un racisme latent envers les francophones en général, et les Wallons en particulier. Parlez en français à Gand, on vous répondra en flamand. Juste par principe. Observez les panneaux directionnels sur le bord des routes : Ils ne sont plus guère sous-titrés. Antwerpen, Gent, Brugge, Rijsel, ce n’est pas très compliqué à comprendre mais un geste aussi puéril montre l’état des rapports entre les communautés. Et tant pis si vous êtes citoyen français.

On peut comprendre les deux parties : les francophones ont tout intérêt à conserver leur statut actuel. Comme l’écrivait aujourd’hui, dans un chat avec les internautes, le correspondant du Monde en Belgique Jean-Pierre Stroobants, "la question des transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie par l’entremise de l’Etat fédéral est une réalité, et la loi de financement élaborée au fil des réformes favorise indéniablement le sud de la Belgique".
Les Flamands, eux, peuvent légitimement se sentir spoliés : "On peut y voir une réalité logique dans le cadre d’un Etat fédéral. Une partie de la Flandre y voit désormais une charge insupportable".

Je me souviens de cette discussion très courtoise avec des Flamands s’exprimant aimablement en français. Ils m’expliquaient qu’il y a des années, la Wallonie dominait la Belgique. Que les Flamands et leur langue étaient alors méprisés. Réalité exagérée? De tels ressentiments, ressassés en permanence, font penser de loin à la haine exacerbée pendant des années entre Hutus et Tutsis. Même si l’issue ne ressemblera sans doute pas – encore heureux – à celle qu’a connue le Rwanda.

Le cas belge semble en définitive bien plus compliqué qu’une simple question de financement d’une communauté par une autre. Rose Noire me détrompera peut-être : on a l’impression qu’il s’agit d’un affrontement communautaire lié aux différences de culture, de caractère, de façon de vivre et de linguistique, et qui prend pour prétexte l’argument financier. Qui est d’ailleurs étroitement lié au triptyque précédent… La Belgique mourra-t-elle vraiment un jour? Cela dépendra largement de la volonté des deux parties à dépasser ces différences. On est un peu sceptique, tout de même.

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L’alerte-enlèvement peut-elle s’étendre aux blogs?

L’appel a été lancé par Delphine sur le blog du monde qui avance, avant d’être relayé notamment par Koz. Un appel à la sagacité des codeurs de tous poils, et bien sûr, au ministère de la Justice. Alors autant créer un buzz pour augmenter les chances de cette initiative tout à fait intéressante.

L’idée principale : étendre au net l’Alerte-Enlèvement, ce qui permettrait, comme le dit si bien Delphine, "un relais énorme, instantané, permanent (contrairement aux diffusions espacées à la télé ou la radio) et qui comblerait le manque pour ceux qui n’ont pas accès à la télé ou à la radio."

Il n’a échappé à personne qu’en dépit de critiques initiales inhérentes à toute innovation, l’Alerte-Enlèvement a parfaitement joué son rôle. Et dans l’affaire du kidnapping du petit Roubaisien, la semaine dernière, cette procédure a été déterminante : de braves citoyens se sont manifestés et l’enfant a été retrouvé (relativement) rapidement

La proposition de Delphine pourrait paraître à certains superflue : on peut penser que le poids énorme des télés et radios suffit largement. Mais pourquoi se priver d’un média supplémentaire? Pour ma part, je dois dire que n’ayant ni allumé mon téléviseur, ni écouté mon poste de radio ce jour-là, je n’avais appris l’existence de cet enlèvement que le lendemain, une fois que tout était fini. Bon, d’accord, je n’avais pas non plus consulté de blogs.

Le but de l’Alerte étant de se propager à un maximum de monde et en un minimum de temps, se pose la question des moyens à utiliser pour l’utiliser sur les blogs. Et c’est là que l’appel de Delphine prend tout son sens : ceux qui aiment taquiner les codes, ceux qui maîtrisent à merveille ces langages bizarres qui sont pour moi un mystère total, sont invités à se porter volontaires pour confectionner un petit bijou de widget.

L’ami Koz, apporte aux non-initiés une brillante définition de cet animal sympathique qu’est le widget : "Un widget est un élément de code que peuvent utiliser les webmasters sur leur propre site pour afficher du contenu, soit interne, soit extérieur. Ceux que mon explication ne satisferait pas se palucheront les 2 300 000 résultats de “widget définition” dans Google à ma place." Précisons d’ailleurs, pour chafouiner un brin, qu’une requête yahoo engendre la même avalanche de résultats.

Bref, il s’agit d’un magnifique objet que pourraient insérer les blogueurs sur leur site, et qui dès le déclenchement de l’Alerte, s’activerait et afficherait le message du ministère de la Justice. Bien entendu, celui-ci s’auto-détruirait sitôt l’enfant retrouvé.

Encore faut-il que Rachida Dati, à qui Delphine a envoyé une missive, soit d’accord avec la démarche. Ce sera sans doute une autre paire de manches. Mais en attendant, les amateurs de codes peuvent écrire ici à Delphine pour lui soumettre leurs brillantes idées…

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Les sans-papiers lillois victimes de l’idéologie jusqu’au-boutiste du CSP 59

64 jours de grève de la faim pour aboutir à une arrestation globale, ce matin, de tous les participants à un mouvement qui aurait dû s’achever dans le calme aujourd’hui si les propositions du préfet avaient été acceptées par les plus influents des mouvements de soutien aux sans-papiers du Nord.

Inutile de s’étendre sur les soupçons portés à l’endroit de la réalité de cette grève de la faim. Vu de Lille, il faudrait être dupe pour avaler cette couleuvre : a-t-on déjà vu quelqu’un se contenter d’eau et de café pendant près de deux mois, et continuer à organiser des conférences de presse, à sourire devant les journalistes comme si de rien n’était? Désolé, je doute donc je suis.

Ce mouvement est d’autant plus contestable que ses propre participants sont pris en otage par l’idéologie guerrière du CSP (comité des sans papiers) 59, soutenu par la Ligue des (prétendus) Droits de l’Homme et le MRAP (dont on connaît l’intelligence profonde). Interrogés dans les journaux, à la télé, à la radio, ces malheureux ont répété en boucle pendant des jours puis des semaines un message appris par coeur la régularisation ou la mort.

Au passage, on notera qu’il faut être soit complètement à bout, soit complètement manipulé pour être prêt à la mort pour un bout de papier, titre de séjour ou carte d’identité.

Derrière ces émouvants messages venant des grévistes, les associations qui les soutiennent, eux, ont fait preuve à la fois d’une totale irresponsabilité  et d’un cynisme sans nom. Comment peut-on défendre une cause de façon si radicale qu’on est prêt à risquer la vie d’un de ses membres pour que celle-ci avance? Pure folie. Mépris de l’Homme. Comme si le CSP et ses acolytes ne voyaient pas l’humain dans le sans-papier, mais uniquement un vecteur de son idéologie. Idéologie qui voit derrière la volonté de maîtriser les flux migratoires des relents de colonialisme. Idéologie qui veut qu’en vertu des fautes commises par les "impérialistes" dans le passé, tous les habitants des anciennes colonies ont un droit à vie de séjour sur un territoire. N’emprisonne-t-on pas les Africains dans la revendication permanente en ne cessant d’adopter un tel ton?

Deuxième phase du raisonnement : l’illégitimité de toute grève de la faim. Ce procédé est un chantage odieux, qui consiste à émouvoir l’opinion publique pour obtenir quelque chose. Soit les grévistes méritent leur titre de séjour, et il faut le leur donner, soit ils n’y ont pas droit, et dans ce cas, il n’y a pas à placer l’hypothèse de la mort comme monnaie d’échange. Le député UDF Jean Lassalle était tombé dans la même erreur pour sauver des emplois, une usine, un territoire. De tels agissements font peu de cas, il me semble, du caractère sacré de la vie. Rien ne vaut la vie.

De plus, la préfecture n’a-t-elle pas proposé une solution de sortie de crise, acceptée par des associations aussi humanistes qu’Emmaüs ou la Cimade? Les six organisations signataires de l’accord sont-elles complices du pouvoir, réactionnaires ou nazies? Selon l’AFP, "ce dispositif prévoit le réexamen des dossiers de 150 sans-papiers – dont les grévistes de la faim -, la délivrance dès le dépôt de la liste d’un document leur permettant de circuler librement et la remise immédiate d’un titre provisoire pour ceux qui seront régularisés". Inespéré! Mais le CSP, lui, ne s’en satisfait pas : pour lui, c’est tout ou rien. Dans cette optique, les associations signataires de l’accord préfectoral ne sont pour lui que des collabos, illégitimes à soutenir les sans-papiers. Quand on est idéologue, il n’y a jamais de place pour la nuance, la négociation, le compromis.

A Lille, l’actualité est d’ailleurs marquée par le jusqu’au-boutisme et les provocations de cette association. Si elle assiste au jour le jour les sans-papiers, et effectue donc un vrai travail de fond, sa stratégie permanente consiste à provoquer de façon régulière la police, pour que celle-ci perde le contrôle et qu’on puisse l’accuser des pires maux. On l’a vu pendant les six derniers mois. La température a monté jusqu’à ce qu’une occupation tourne à l’arrestation générale : enfin, le CSP a pu employer le mot de "rafle". Notons ici que la police n’est pas exempte de tout reproche. Elle n’hésite pas à employer la force, là où elle est inutile et d’ailleurs injuste. Mais derrière, le CSP se satisfait de tout débordement. Se frotte les mains à chaque arrestation, sous couvert d’indignation. Car tout cela est bon à prendre, cela fait "avancer la cause".

Arrêtons de croire, donc, que la politique du gouvernement n’est pas républicaine. Sur ce genre de questions, ce n’est pas dans la rue ou en jouant avec la mort qu’on règle les problèmes. Si les lois ne plaisent pas, eh bien il faut se battre pour les changer : il y a des élections pour cela. Certes, on voit sur le terrain que l’Etat (le service "étrangers" des préfectures) n’applique pas toujours la loi à bon escient, et c’est un euphémisme : elle le fait a minima. Certaines arrestations sont même purement et simplement scandaleuses. Disproportionnées. Sans compter les procédures baclées ou irrégulières. Mais le fond du droit, lui, est élaboré par une majorité démocratiquement élue. N’en déplaise aux minoritaires, qui s’ils avaient le pouvoir, feraient peu de cas des contestataires, soyons-en certains!

Mais ce qui est le plus grave, dans cette affaire, c’est d’instrumentaliser le malheur de ces pauvres bougres à des fins politiques. Les responsables du CSP, de la Ligue, du Mrap, sont à l’abri pendant que les sans-papiers qu’ils soutiennent sont actuellement en garde à vue dans les locaux de la Police aux frontières et au commissariat central de Lille. Ne seraient-ils pas dans une meilleure situation, aujourd’hui, s’ils avaient approuvé l’accord préfectoral plutôt que de suivre les conseils de pseudo-humanistes?

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Le repos dominical menacé par le gagnez-plus-pour-jouir-plus

Finies, les vacances. Le repos, ça va cinq minutes : et si l’on glande trop longtemps, maintenant, on va se faire rappeler à l’ordre par le grand manitou! Je dois travailler plus (je ne gagnerai pas plus, en revanche, faut pas vouloir la lune tout de même), cela créera un "choc psychologique". Et la roue de l’économie va tourner, c’est bien connu.

Nouveau catéchisme d’une société dont l’enrichissement (enfin depuis vingt ans, on pourrait plutôt parler d’endettement) est le seul objectif, et le synonyme non avoué du bonheur. L’important, c’est la consommation des ménages, la balance du commerce extérieur, le niveau de l’action France Télécom. Poésie, quand tu nous tiens!

Ainsi pourquoi s’étonner des attaques de plus en plus répétées à l’encontre du principe (largement écorné) du repos dominical? Celui-ci est une épine dans le pied de tous ceux pour qui le seul but de la vie est le profit. Et le profit à court terme, si possible. Les rebondissements du conflit entre la CGT et la préfecture des Bouches-du-Rhône sur l’ouverture dominicale du centre commercial de Plan-de-Campagne en sont l’exemple le plus récent. Le préfet y a renouvelé pour onze mois des dérogations annulées à plusieurs reprises dans le passé par le tribunal administratif de Marseille. Motif avancé : "Toute autre décision serait catastrophique pour la zone". Ben voyons. Il y aurait même une idée encore plus grandiose : travailler la nuit, mettre les enfants à contribution, permettrait de résoudre encore plus rapidement la crise.

D’ailleurs, quand on veut changer les comportements, apporter à la société une profonde retouche, la tactique est toujours la même : mettre en exergue l’exception, argumentée de la manière la plus solide qui soit. Puis c’est l’élargissement à d’autres cas, jusqu’à ce que personne ne puisse plus s’opposer à la refonte du système. D’ailleurs, dans de nombreuses grandes villes, des commerces ouvrent le dimanche au mépris de la règle, et ce sans aucune sanction. Allez vous promener à Paris un dimanche, dans le Marais par exemple. Comptez le nombre de boutiques de fringues ouvertes. Ou les magasins fermés, ça ira plus vite… A Plan-de-Campagne, selon Le Monde du 27 juillet, "le tribunal de grande instance d’Aix-en-Provence avait [auparavant] enjoint, le 17 juillet, à quatre grandes enseignes de "respecter le repos dominical", les condamnant à des amendes de 5 000 euros par salarié et par infraction constatée. Trois d’entre elles ont quand même ouvert le 20 juillet.". Lesquelles ont été sanctionnées?

On avait bien entendu les petites phrases distillées par le camp umpiste au cours de la campagne présidentielle, et chantant les louanges du travail du dimanche. Toujours la même optique : plus de travail, plus de richesses, plus d’emploi! Aujourd’hui, le gouvernement plancherait carrément sur une modification de la législation. Comme ça, plus de juges administratifs pour mettre des bâtons dans les roues des préfets! Selon la Tribune du 2 août dernier, il s’agirait de permettre le travail le dimanche pour les "salariés volontaires". Le texte gouvernemental, qui pourrait voir le jour en 2008, devrait s’appuyer sur un avis du Conseil économique et social, dont nous avions déjà parlé ici : Ce rapport réaffirme le principe d’interdiction d’ouverture le dimanche pour les commerces (il existe déjà 180 dérogations, dont les fleuristes, les cinémas, les restaurateurs et hôteliers, les commerces de tourisme et les commerces alimentaires jusqu’à 12h30), mais étend en réalité le nombre des exceptions. Tous les commerces pourraient disposer de cinq dimanches d’ouverture exceptionnelle par an. Alors que pour le moment, seuls les maires peuvent autoriser une branche d’activité (les grands magasins, les magasins d’habillement, les magasins de tongs…) à ouvrir cinq dimanches par an. Deuxième proposition, dans les zones dites touristiques, tous les commerces auraient le droit d’ouvrir. Enfin, les commerces alimentaires auraient une demi-heure de plus (jusqu’à 13h).

Il y a d’abord un impératif social derrière cette question : le sort des salariés "volontaires", dont on peut douter (à moins d’être naïf) de la liberté de choix. Ne rêvons pas!

Deux grandes idées peuvent ensuite être évoquées contre ces extensions d’exceptions. Ces deux arguments se rejoignent et se réclament de l’intérêt même de la société. En premier lieu, l’esprit de "pause commerciale" qui est sous-tendu par ce vieux principe. Une journée par semaine, l’argent-roi est mis de côté. On ne se sent pas obligé d’acheter. On n’est pas harcelé par les promotions, les publicités et les sondages. On peut se promener dans des rues désertes. On peut souffler. Stop.
Et le deuxième argument est lié à la famille. Cellule de base de la société, c’est elle qui protège l’individu, en le faisant éclore, en lui apportant une idée de la vie, et en lui collant le "tuteur" qui lui permet de pousser droit (ou pas!). C’est elle qui est là quand il n’y a plus personne. Bref, son importance est capitale! Or cette mini-société a besoin de se retrouver pour exister. Le dimanche ne constitue-t-il pas la meilleure occasion?

Les libéraux de service répondont que l’Etat ne peut pas tout régenter, que tout cela est de la responsabilité individuelle. Certes. Mais l’Etat a aussi le devoir de donner l’exemple, de faciliter la tâche des individus et des groupes d’individus. Dans cette perspective, il semble que les projets gouvernementaux vont la compliquer, sous couvert de sauver des commerces!

Et puis, il faut parfois poser les questions essentielles. Qu’est-ce qui est le plus important? Que veut-on? Le bien-être d’une Nation ou son essor économique? Les deux sont-il forcément liés? Au vu des résultats, jusqu’à présent, on voit ce que ça donne, d’oublier l’humain. Sommes-nous des robots, à qui on va demander un jour de plus par semaine de revenir consommer, pour faire tourner la machine? On peut se poser la question sans être marxiste : doit-on toujours privilégier l’économique, quel qu’en soit le prix? Rester fixé sur l’objectif sans regarder les dommages collatéraux?

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