Archives mensuelles : juillet 2007

PS : Sarko m’a tuer

Spectacle affligeant que celui qu’offre le PS depuis la présidentielle. A défaut d’avoir quelque chose à dire contre les réformes proposées par le gouvernement (à part : c’est pas bien, vous êtes des méchants, c’est anti-social!), à défaut de formuler des contre-propositions (shadow cabinet, where are you?), le parti de la rose s’enfonce dans une crise dont on se demande quelle sera l’issue. Vampirisé par le président de la République, qui donne l’impression de vouloir ramener dans son camp, un à un, tous les socialistes par la peau des fesses, le PS peut désormais se poser de sérieuses questions sur son avenir.

Après les deux premières salves d’ouverture sarkozyste, qui ont fait plus de mal qu’on ne pouvait le penser à la gauche, l’Elysée ne semble pas vouloir s’arrêter en si bon chemin. Malgré les oppositions internes à l’UMP. C’est d’abord Hubert Védrine, qui après avoir refusé le ministère des Affaires étrangères, s’est vu confier une mission sur la mondialisation. Puis ce fut le cas Jack Lang. Nous évoquions ici même, la semaine passée, son pas-de-deux étrange avec Sarkozy, qui lui a demandé au moins de participer, au mieux de prendre la tête de la commission sur la réforme institutionnelle. Cette hypothèse a semé la zizanie au PS : Jean-Marc Ayrault ayant clairement menacé Lang, ce dernier a claqué la porte du groupe PS à l’Assemblée. L’ancien ministre de la Culture a certes démenti avoir accepté la proposition de Sarkozy, mais trouve "très positive la réforme des institutions"…

Et puis selon Libération, "Manuel Valls, Julien Dray, Jean-Yves Le Drian, Didier Migaud, Hubert Védrine ou Malek Boutih, ont déjà été contactés et le seront encore. Arnaud Montebourg ou Vincent Peillon sont des cibles potentielles". Le Monde a de plus annoncé vendredi que Nicolas Sarkozy envisageait de soutenir Strauss-Kahn pour la candidature française à la direction générale du FMI! Le nom de Laurent Fabius a circulé, mais aurait été écarté en raison du rôle joué par l’ancien Premier ministre dans le rejet du Traité constitutionnel européen.

Pendant ce temps, Ségolène Royal "travaille dans le silence pour mieux rebondir", si l’on en croit l’entretien qu’elle a accordé jeudi à l’AFP. Le sort du PS ne semble que peu lui importer : c’est dans son groupuscule "Désirs d’avenir" qu’elle croit pouvoir trouver le salut de la gauche. Mais quelle gauche? Entre ceux qui comme Védrine, expliquent que "refuser de donner mon avis à Sarkozy serait extraordinaire!", et ceux pour qui toute compromission avec le "camp d’en face" est une trahison "anti-démocratique" (dixit Bertrand Delanoë), on se demande bien comment il va de nouveau être possible de travailler de concert.

Le machiavélisme de Nicolas Sarkozy semble bel et bien fonctionner à merveille. D’après le Figaro, le but de la manoeuvre est simple. Déstabiliser le PS pour l’écraser aux prochaines municipales : "Cette échéance l’obsède. Il pense qu’un échec pourrait casser la dynamique des réformes", écrit le journal de Serge Dassault.

Mais le PS tiendra-t-il jusque là? DSK et Fabius ont déjà quitté le bureau national du parti. Jack Lang s’interroge sur sa présence dans cette instance. Et quand les rats quittent le navire, cela ne signifie-t-il pas que le naufrage est imminent?

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Hyperprésidentalisme, et alors?

Il est de bon ton, ces derniers jours, de railler l’impuissant François Fillon, victime de l’omniprésence et de la dynamique de pouvoir insufflée par son boss, Nicolas Sarkozy qui garde pour lui le bénéfice de toutes les annonces. Les socialistes, à vrai dire, n’ont pas beaucoup d’autre argument pour exister et pour taire leurs divisions, en ce moment. De notre côté, nous serions tentés ici d’emprunter la formule de Jack Lang, exprimée lundi dans une interview (une nouvelle fois étonnamment indulgente envers le pouvoir) accordée au Monde : "Nicolas Sarkozy pratique l’hyperprésidentialisme, et alors?"

Et alors? Ce blog ne peut être soupçonné d’adhérer au sarkozysme triomphant. N’empêche. Lorsqu’un candidat annonce que lorsqu’il sera élu, il le sera pour agir. Lorsque ce même candidat est plébiscité le 6 mai, puis les 10 et 17 juin, en dépit d’une polémique malhonnête sur la TVA sociale. Et lorsque ce dernier, enfin à l’Elysée, et fort d’une majorité confortable, combat sur tous les fronts, répétons-le : et alors?

Certes, le contenu des réformes proposées à tour de bras, lui, est contestable et peut-être contesté. Mais ces polémiques stériles sur le rôle du capitaine ou sur le rythme imposé ne sont-elles pas largement dérisoires? On est même tenté de parler d’hypocrisie. Sarkozy, premier président à gouverner? Fillon, premier chef du gouvernement effacé? Ceux qui croient que Villepin, Raffarin, Juppé, Cresson, Rocard, Fabius ou Mauroy avaient le pouvoir se trompent. Ceux qui osent penser que Pompidou ou Couve de Murville avaient une marge de manoeuvre par rapport à de Gaulle se fourvoient.

Je suis donc en total désaccord avec l’analyse proposée par Toréador, par exemple, qui fait partie – et c’est son droit le plus strict – de ceux qui se moquent gentiment de ce qu’il appelle la "Sainte-Trinité de l’Exécutif", le Père étant bien entendu le "Dieu-Sarko". Cela montre que dans la kiwisphère, nous sommes divers.

En réalité, la seule différence entre Sarkozy et ses prédécesseurs, c’est que le premier assume clairement et sans tourner autour du pot les pouvoirs énormes que lui confère la Constitution en période de concordance des majorités présidentielle et parlementaire. Soyons honnêtes : l’activisme forcené de Sarkozy, sa boulimie de communication et d’action gênent surtout aux entournures une opposition en crise idéologique profonde, qui a déjà du mal à avaler la couleuvre de l’ouverture. Tout ceci renvoie en fait à la gauche, comme dans un miroir, l’image de ses propres turpitudes, de ses propres manquements, de ses propres insuffisances.

A la limite, ce qui peut être dangereux, ce sont les pouvoirs exorbitants accordés à la garde rapprochée du président. Des fonctionnaires ayant pour seule légitimité l’onction divine du locataire de l’Elysée, alors que les ministres tirent pour la plupart d’entre eux leur pouvoir de leur élection, de leur expérience politique. Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, et Henri Guaino, conseiller spécial chargé des discours du président, n’hésitent pas à s’arroger le droit d’annoncer directement les projets de réformes à la presse, si l’on en croit les articles parus mardi et mercredi dans Libération sous la plume de l’excellent Antoine Guiral : " C’est nouveau, écrit-il. Sous Jacques Chirac, le secrétaire général ne s’exprimait que dans le huis clos de son bureau, cornaqué par le service de presse, mais ne donnait jamais d’interview radio, par exemple. A travers leur existence médiatique, Guéant et Guaino renforcent l’idée qu’il n’y a bien qu’un seul centre de décision : l’Elysée." Ce qui n’est pas nouveau… Vraiment pas.

Mais ce qu’oublient, dans ce débat, ceux qui sont si prompts à dézinguer Sarkozy à la moindre occasion, c’est la commission sur la réforme des institutions que celui-ci a annoncée. Fillon a détaillé mardi les projets que le gouvernement a en tête à ce sujet : introduction d’une dose de proportionnelle aux législatives, possibilité pour le président de venir s’exprimer devant le parlement. Deux réformes qui pour l’une, renforcerait la légitimité du parlement, et pour l’autre, mettrait de fait un terme au faux-semblant qui fait du premier ministre le soi-disant chef de la majorité. Les mandats du chef de l’Etat pourraient par ailleurs être réduits à deux fois cinq ans.

Sans compter la nomination d’un socialiste à la tête de la commission des Finances de l’Assemblée nationale. François Hollande réclame des pouvoirs renforcés pour le Parlement? Fillon les propose. Moyens de contrôle et d’audit augmentés, possibilité de contrôler la nomination de certains postes publics. Et surtout, les circonscriptions des législatives devraient être redécoupées, ce qui devrait faire plaisir à Etienne Fillol.

Certes, il ne faut pas être dupe. La doctrine Sarkozy, depuis 2002, c’est beaucoup de poudre aux yeux, on l’a vu et on le verra. Mais au sujet des institutions, je ne peux qu’avouer mon trouble. De là à applaudir des deux mains, n’exagérons rien!

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