Archives mensuelles : mai 2007

Législatives : le piège du quinquennat fonctionne à plein

On l’a vu en 2002, on le constate de nouveau en 2007 : la réforme constitutionnelle du quinquennat, adoptée dans l’indifférence générale en 2000 pour limiter les risques de cohabitation, brouille le message des perdants de la présidentielle. De quoi faire perdre tout intérêt à la campagne des législatives…

Le seul argument de campagne, au PS comme au MoDem : ne pas donner les pleins pouvoirs à l’UMP les 10 et 17 juin prochains. Du côté des socialistes, on reconnaît depuis plusieurs jours que la défaite est hautement probable, ce qui montre l’absurdité de la campagne législatives. François Hollande plaide pour un « équilibre des pouvoirs ». Ségolène Royal brandit la menace des « pleins pouvoirs » pour la droite,  tout en avouant qu’en étant « réaliste », la victoire sera « difficile ». Laurent Fabius, qui lui aussi se satisferait d’une « opposition forte », appelle les Français à prendre conscience du risque d’une « présidence absolue ». Bref, les socialistes font grise mine, comme le constate ce cher François Mitterrand depuis sa tombe. Ils se contenteraient d’une petite claque.

A l’UMP, où l’on a bien retenu la victoire écrasante de 2002, malgré un score moyen de Jacques Chirac au premier tour de la présidentielle, on adopte la posture inverse. Pourquoi s’en priverait-on? En meeting au Havre, hier soir, Nicolas Sarkozy a été très clair : « Il vous reste deux semaines pour parachever l’impensable révolution que vous avez accomplie le 22 avril et le 6 mai derniers, deux semaines pour décider ou non de me renouveler votre confiance. Françaises, Français, je vous demande de me donner la majorité dont j’ai besoin pour gouverner ».

Voilà, tout est dit. Du fond, ne parlons surtout pas, ou alors à la marge. Le reste ne semble donc que détail. La guéguerre des centres, d’abord, entre le Nouveau Centre de Morin, Leroy, Perruchot, Vercamer ou Robien, partisans, pour peser, d’une alliance avec la majorité présidentielle et le MoDem de Bayrou, Sarnez, Cavada, Bouras ou Delmas, qui restent sur une ligne d’un centre indépendant. L’inexistence des Verts, du PCF, du FN, de Villiers, de l’extrême-gauche, ensuite, rendus inaudibles par une bipolarisation extrême du jeu politique.

Les élections législatives sont pourtant a priori la scrutin d’où est censé sortir la légitimité populaire pour appliquer un projet, la présidentielle devant faire émerger un arbitre, une direction globale, une représentativité à l’étranger. Il suffit pour s’en convaincre de lire la Constitution.

Mais le quinquennat est passé par là. Cette réforme, voulue par Giscard, d’abord refusée puis portée par Chirac, devait nous faire entrer dans la modernité, nous éviter les risques de la cohabitation, jugée dangereuse pour l’unité du pays. Au terme d’une campagne référendaire qui avait passionné les foules (30% de votants, 73% de oui), la quiquennat a été adopté et nous a conduit tout droit, comme le pronostiquaient déjà à l’époque certains analystes, vers une présidentialisation du régime. On l’avait évitée avec Jacques Chirac, qui représentait l’ordre ancien, qui n’avait peut-être pas décelé les subtilités ou les potentialités de cette nouvelle donne, ou tout simplement, qui n’avait pas souhaité s’en servir. Nicolas Sarkozy, lui, n’aura aucun scrupule à en tirer profit. Il l’a dit, et il le montre depuis son accession au pouvoir.

Dès lors, à quoi bon promettre des réformes pour donner plus de pouvoir à une opposition qui sera de toutes façons ultra-minoritaire tous les cinq ans? Car l’origine de la légitimité des députés, de ceux qui adoptent nos lois, est désormais flouée. La majorité dans son ensemble – il y a toujours des particularités locales liées à chaque circonscription – tirera son profit non pas du peuple, mais du président. « Donnez-moi la majorité dont j’ai besoin pour gouverner ».

Quinquennat qui a d’ailleurs d’autres vices cachés, constatés lors du mandat Chirac : les ambitions des présidentiables s’aiguisent dès le départ. On l’a vu avec Sarkozy, qui avait lancé sa campagne dès sa nominaiton à l’Intérieur. On le voit aujourd’hui, avec Ségolène Royal qui voudrait qu’un candidat PS pour 2012 soit nommé dès cet été. Et puis, au fond, comment peut-on lancer des réformes d’envergure en cinq ans, alors qu’on est obsédé par sa réélection, ce véritable maillon faible de la démocratie moderne? L’idée n’est pas stupide, mais elle postule le dévouement des politiques, leur volonté de privilégier le bien commun à leurs intérêts, ce qui est décidément difficile à croire.

Deux réformes devraient donc être adoptées d’urgence si l’on veut évoluer vers une démocratie assainie. D’abord, instaurer une part importante de proportionnelle aux législatives, afin de contrer le dualisme de la présidentielle. Sans tomber pour autant dans une disparité des voix néfastes à la construction d’une majorité, comme on le déplore en Italie. Ensuite, étendre la durée du mandat du président. Sept ans, dix ans? Quoi qu’il en soit, le mandat devrait être non renouvelable. Qu’en pensez-vous?

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Le « Tombeau de Jésus » : l’exploitation du filon commercial de « Da Vinci Code » continue

Mardi soir sur TF1, vous aurez droite à la dernière lubie de James Cameron, le sémillant auteur du navet intersidéral « Titanic », qui avait passionné des téléspectateurs avides de candeur et de sirupeux. Sa trouvaille pour faire parler de lui? Une imposture archéologique nommée « Le tombeau de Jésus ».

Vous en avez peut-être déjà entendu parler : un documentaire tourné en Palestine devait révolutionner les croyances sur le Christ. Baptisée « Le Tombeau de Jésus », cette « oeuvre » a été réalisée par cinéaste israélo-canadien Simcha Jacobovici et financée et produite par l’américain James Cameron. La thèse qui est développée est iconoclaste, mais surtout, ridicule car non étayée. En revanche, elle fera parler d’elle et rendra riche ses auteurs : TF1 a racheté les droits et le documentaire sera diffusé mardi soir sur la « une » en seconde partie de soirée.

La thèse? Jésus-Christ, qu’on se défend évidemment d’attaquer dans ce film, n’a pas été enterré dans le caveau légué, selon les Evangiles, par le riche Joseph d’Arimatie, par ailleurs membre du Sanédrin qui a condamné le Christ à la crucifixion. Le Saint-Sépulcre où se rendent chaque année des dizaines de milliers de pélerins serait, en réalité une imposture. Selon nos apprentis archéologues, le vrai tombeau se trouverait à Talpiot un quartier de Jérusalem-sud. Plus étonnant, ils affirment que Jésus y a été enterré avec sa mère Marie, sa femme Marie-Madeleine et leur fils Judas.

Bien sûr, nos révolutionnaires ont des preuves. Le caveau avait été découvert en 1980, avec dix ossuaires à l’intérieur : sur l’un d’eux, est écrit en langue araméenne « Jésus, fils de Joseph ». Les archéologues ne trouvant pas de preuve crédible attestant d’un lien entre ces tombes et Jésus, les ossuaires sont envoyés au  Musée Rockefeller de Jérusalem, où ils étaient tombés dans l’oubli jusqu’à ce que Simcha Jacobovici décide de se saisir de la question. En sortant coup sur coup un livre et un documentaire sur la question.

« Ils sont donc maris et femme »

Avec une escouade d’historiens, d’experts en ADN, de linguistes et d’archéologues, l’homme retourne à Talpiot, retrouve l’entrée du caveau, où des fouilles sont lancées. Il y découvre trois nouvelles inscriptions : « Maria », qu’il associe à Marie, mère du Christ, « Mariam », qui évoquerait Marie-Madeleine, et « Judas, fils de Jésus ».

Simcha s’appuie alors sur des statisticiens pour affirmer qu’il y a une très faible probabilité de trouver tous ces noms dans un même caveau familial (600 contre 1, selon Andrey Feuerverger, professeur de mathématiques à l’Université de Toronto). L’analyse ADN aurait par ailleurs démontré que le « Jésus » et la « Marie-Madeleine » ne sont pas du même sang. « Ils sont donc maris et femmes », conclut Simcha. Si on a le malheur de me trouver mort aux côtés de ma voisine, vu que nous n’avons pas la même ADN, on va en déduire que j’entretenais avec elle des rapports allant bien plus loin que le simple échange de tire-bouchon. Flûte.

Cameron explique « qu’en tant que documentariste », il ne doit « pas avoir peur de rechercher la vérité ». Et Simcha Jacobovici assure que ce qu’il dit « ne va pas à l’encontre de la foi catholique ». Mais la connaît-il seulement? La foi catholique ne postule-t-elle pas que Jésus n’est pas le fils de Joseph mais de Marie, considérée comme vierge? Parle-t-elle de liens particuliers avec Marie-Madeleine? N’affirme-t-elle pas que contrairement à ce que peuvent en dire certains, Jésus n’a pas eu de frères et soeurs? Et a fortiori, pas d’enfant? Par ailleurs, sa thèse, même si elle était la bonne, anéantit la croyance des chrétiens dans la Résurrection et de l’Ascension de Jésus.

Mais pourquoi pas, après tout? Le documentaire sur TF1 sera suivi d’un débat entre Simcha Jacobovici et le très médiatique Mgr Di Falco. Il faut le souligner : au moins, le contradictoire est respecté et l’Eglise pourra apporter ses arguments, là où bien souvent, on l’attaque sans lui laisser au moins le droit de se défendre (ce qui semble le minimum).

En revanche, citera-t-on les archéologues israéliens et la communauté chrétienne de Jérusalem, qui ont affirmé leurs réticences, leurs doutes, leur scepticisme face à cette thèse icoloclaste? Que nenni. Aux yeux des téléspectateurs, Jacobovici représentera la science et Mgr Di Falco la religion…

« Ils ne sont pas archéologues »

Cité à l’époque de la sortie du film par le Figaro, le père Pierre Madros dit n’avoir « aucun problème pour se soumettre aux résultats de la science et de l’archéologie » en tant que catholique. « Mais les réalisateurs du documentaire n’avancent aucune preuve scientifique, ils ne sont pas archéologues », dénonce-t-il.

Son argumentaire est assez simple. Selon lui, Jésus, Marie et Joseph étaient les noms les plus courants dans la région au Ier siècle. Par ailleurs, la famille de Jésus, modeste, n’aurait jamais pu acquérir un tel caveau. Enfin, l’ADN prouve seulement que tous les corps appartiennent à la même famille, sauf un. Rien de plus. Tout le reste n’est que supposition, sensationnalisme. Un peu à la manière de Da Vinci Code, en définitive, mais le talent en moins semble-t-il.

L’éminent archéologue israélien Amos Kloner, qui a été le premier à examiner les ossements de Talpiot, parle de son côté d’un thèse « ridicule » à visée commerciale, toujours cité par le Figaro : « Je suis un universitaire, je travaille de façon scientifique, ce qui n’a rien à voir avec le travail d’un cinéaste », dit-il en insistant sur les différences de méthode entre son métier et celles des réalisateurs du documentaire : il explique par exemple que sur les 900 tombeaux d’époque mis à jour autour de Jérusalem, 71 comprennent une mention du nom Jésus. « Il est impossible de prendre un épisode religieux et de le transformer en quelque chose de scientifique. Ou alors il faut faire des tests ADN et vérifier que l’ADN des ossements appartenant prétendument au fils de Dieu est le même que celui de Dieu ! », plaisante-t-il.

Selon le père Madros, au final, la menace de ce genre de film est « l’insinuation du doute dans les esprits ». Les gens n’y croiront pas forcément, mais la thèse restera ancrée dans leurs esprits même si elle ne s’appuie sur rien de tangible. Un de ses confrères, archéologue à l’école biblique de Jérusalem, ne dit pas autre chose : « Derrière tout cela ressurgit la vieille idée que le christianisme est une entreprise filou issue du judaïsme, lance-t-il. La Bible n’est pas un livre d’histoire, vérifiable par l’archéologie. On essaie de réduire le christianisme à un événement historique banal, qui aurait pris une ampleur surprenante. »

Enfin, il n’est peut-être pas inutile de préciser qu’en consultant brièvement la biographie de Jacobovici, on y découvre qu’il a déjà commis deux oeuvres controversées et critiquées par de nombreux archéologues et scientifiques, l’une sur l’Exode des Juifs après leur fuite d’Egypte, l’autre sur le fait que Jésus avait un frère. A chaque fois, les critiques ont dénoncé l’absence de toute preuve à l’appui des thèses de Jacobovici, l’accusant même d’être un disciple du sulfureux Immanuel Velikovsky, un psychiatre russe prétendant que tous les événements extrardinaires, et notamment ceux contenus dans la Bible, ont une explication cosmique…

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MoDem : la roche tarpéienne et si proche du Capitole…

Pauvre François Bayrou. Porté à 18,5% des électeurs grâce à l’appui de médias satisfaits d’avoir un troisième homme plus « fréquentable » que le sieur Le Pen (qui s’accroche à son parti comme une moule à son rocher), l’homme faible du MoDem est aujourd’hui éreinté par la critique, lâché par les siens, oublié des télés. Bref, le Béarnais n’est plus à la mode. La roche Tarpéienne est décidément bien proche du Capitole! Et en dépit d’une adhésion populaire importante, le MoDem risque fort de se retrouver avec moins de députés que Blanche-Neige n’avait de nains. La faute à la bipolarisation et au syndrome « vote utile ». Il en faudrait pourtant peu pour que Bayrou représente la seul force véritable d’opposition dans ce pays…

Rien à faire… Le PS a beau être encore plus bas que le fond du gouffre, la mayonnaise modémienne ne prend pas. Bayrou, qui était la coqueluche des médias il y a encore quinze jours, n’intéresse plus. Zou, fini, rien à voir, circulez m’sieur Bayrou. Et pourtant, ce n’est pas faute de tenter, de chercher à taper encore sur ces connivences entre pouvoir et argent, pouvoir et puissances médiatiques, une recette qui avait si bien marché pour la présidentielle. « Nous voulons une presse, des radios et des télévisions libres, non inféodées ! Nous en avons besoin pour nous et nos familles ! Nous ne voulons pas que nos organes d’information soient soumis à ces influences ! », a-t-il lancé hier soir au Zénith de Paris, où il lançait la campagne de son parti pour les législatives. Déjà, il avait dénoncé la nomination d’un collaborateur de Sarkozy, Laurent Solly, dans l’équipe dirigeante de TF1.

Ultime coup de boutoir du sanglier blessé? Les grandes postures ne semblent plus fonctionner. Alors le Béarnais a bien tenté de revendiquer la qualité d’opposant n°1 à la vague bleue qui risque de déferler sur l’Assemblée nationale au soir du 17 juin. Mais la défection de ses ex-lieutenants de l’UDF, qui forts de 22 sortants (contre six pour le MoDem) présenteront une centaine de candidats pour le compte du PSLE (parti libéral social européen), brouille son message et l’empêche de peser médiatiquement sur l’élection… Les Morin, Leroy et compagnie ont choisi d’agir de l’intérieur plutôt que de critiquer stérilement de l’extérieur. Mais ont eu l’intelligence de revendiquer le terme « libéral » pour priver Bayrou de son aile droite. Et voilà la MoDem piégé par son « ni-ni » qui risque bien de la conduire… nulle part. D’autant que si les abandons sont nombreux, bien peu sont ceux qui rejoignent la maison orange. Corinne Lepage, Azouz Begag, Djamel Bouras, ça n’est pas du plus sexy…

Tout pourrait être possible, en réalité, si François Bayrou n’était pas coincé une nouvelle fois entre sa droite et sa gauche. Esprit du quinquennat oblige, le débat présidentiel écrase celui des législatives. Epuisés par six mois de lutte, d’images médiatiques à gogo et d’idées balancées à tout-va, les Français ne sont pas prêts à remettre le couvert. Dès lors, l’appel au vote « utile » des deux côtés leur convient très bien. L’UMP se contente d’appeler à confirmer le vote du 6 mai. Et le gouvernement se donne l’image de l’action pour convaincre les indécis.

Quant au PS, malgré ses divisions, son incurie à proposer autre chose qu’un « Tout sauf Sarkozy », il pourrait bien avoir plus de députés qu’en 2002, en profitant du recul des Verts et de feu le PCF. Les sympathisants bayrouistes, qui ont compris qu’il fallait être devant le PS pour pouvoir remporter la mise, ne risquent-ils pas de faire faux bond au MoDem?

Seule la proportionnelle pourrait sauver Bayrou et ses amis d’une longue traversée du désert. Mais le scrutin uninominal majoritaire à deux tours le défavorise assurément. Le comble, c’est qu’on a toutes les chances de voir arriver plus de parlementaires communistes, radicaux ou même écologistes que de Modémiens!

N’est-elle pas belle, notre démocratie? Avec 1,5% des voix, sous réserve d’être maintenu sous perfusion par un puissant allié, vous raflez des sièges gratuitement. Avec 18,5% des voix, vous n’êtes pas sûr d’avoir un groupe parlementaire…

Ultime chance : un accord de désistement avec le PS, en faveur du mieux placé dans chaque circonscription après le premier tour . Mais une telle entente est très incertaine…

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Le noyautage de la police, avant une grande réforme de la Maison Poulaga

Nicolas Sarkozy, qui est partout, sur tous les fronts, plusieurs  fois de suites dans les JT, qui s’exprime sur tous les sujets, qui a cinq idées novatrices par jour et qui, il faut le dire, risque la surchauffe cérébrale à court terme, n’a pas oublié, à l’aube de son quinquennat de noyauter une police pourtant confiée à Michèle Alliot-Marie. De quoi faciliter la grande réforme de la Maison Poulaga dont Sarkozy rêve.

Il n’a jamais vraiment quitté la Place Beauvau depuis 2002. C’est son bébé chéri, son assurance tous risques. Il avait tardé à la quitter pour revêtir ses habits de candidats : il n’a pas tardé non plus à la retrouver dès les prémices de son quinquennat. Hier en conseil des ministres, deux postes-clefs de la Police nationale ont en effet été confiés à deux de ses plus fidèles lieutenants de l’Intérieur. Sur « proposition du ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie », officiellement.

Michel Gaudin, d’abord. L’ex patron de la direction générale de la police nationale (DGPN) est remercié de ses bons et loyaux services en accédant à la tête de la préfecture de police de Paris, un poste prestigieux jusque là occupé par le chiraquien Pierre Mutz, qui devient de son côté préfet de la région Ile-de-France. Gaudin avait montré sa fidélité à Sarkozy en demeurant dans la place sous l’ère Villepin. Puis comme ministre de l’Intérieur sous l’intérim de Baroin. Jeu de chaises musicales. Frédéric Péchenard, l’ami d’enfance de Sarko qui avait été nommé directeur de la PJ en 2006, accède au poste de n° 2 de Beauvau : il devient DGPN à la place de Michel Gaudin.

En nommant ainsi deux proches aux deux postes les plus élevés (l’un maîtrise Paris, l’autre la France), Sarkozy n’agit pas au hasard. Il marque son territoire. Preuve que la marge de manoeuvre de MAM, dont la nomination à ce poste reste très étrange, voire incompréhensible. Et à ceux qui s’étonneraient de voir la police ainsi politisée et manipulée, il faut conseiller la lecture de l’excellent livre Place Beauvau, qui au-delà des polémiques qui avaient entouré sa sortie l’année dernière, est un ouvrage expliquant avec précision les liens étroits entre police et pouvoir. Et allant jusqu’à postuler que pour devenir président, il fallait être passé par l’Intérieur (Non, Baroin, pas toi!)…

Pour Nicolas Sarkozy, l’important est à la fois de maîtriser la police, qui est un instrument incomparable de pouvoir, mais aussi de faciliter la grande réforme de la Maison Poulaga qui est sur toutes les lèvres et qui devra être menée par Alliot-Marie. Certes, Sarkozy a déjà changé beaucoup de choses dans la police : gilets pare-balles pour tous, instauration d’une politique du résultat (et de pressions sur le flic de terrain), redécoupage des zones de police et de gendarmerie, décomplexification et défense des policiers.

Le nouvel enjeu est grand. D’énormes chantiers restent à accomplir, et en premier lieu, celui qui consisterait à calmer les hommes de terrain, énervés par les dangers de plus en plus grand de leur métier, mis en parallèle avec la faiblesse des effectifs, des salaires et des retraites. Sarkozy devra aussi forcément renouer avec une forme de police de proximité, étant donnée l’échec flagrant de la politique consistant à la remplacer par des CRS qui ne connaissent rien à la réalité : ils sont formés pour le maintien de l’ordre, et absolument pas pour la psychologie.

Ces CRS ne pourront d’ailleurs pas échapper à la réforme. Ce corps est aujourd’hui convoité : les majors de promotion y accourrent, alléchés par les primes de déplacement inhérents à la nature de ces compagnies qui bougent sans cesse d’une région à l’autre. Il faudra supprimer cette mobilité, qui n’aide pas à la connaissance du terrain, bien entendu.

Et puis, Sarkozy ne pourra pas éviter de s’occuper des aux autres serpents de mer de la Maison Poulaga : les rapprochements police-gendarmerie et police-douanes qui font grincer les dents mais permettraient plus d’efficacité et moins de rivalités entre des corps qui se détestent et se méprisent cordialement. Il faudra achever la fusion entre DST et RG, qui travaillent sur les mêmes thèmes : en gros, terrorisme, islamisme, terrorisme, islamisme.

Il n’est pas sûr que MAM, fort appréciée des militaires, parvienne à mettre au pas une institution noyautée de toutes parts par les syndicats, qui sont de véritables acteurs du pouvoir exercé par la Place Beauvau. Dans cette optique, la nomination de proches de Sarko à la tête de la Maison prend tout son sens…

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Avec François Hollande, le sadomasocialisme a de beaux jours devant lui

Au PS, on se croit de plus en plus dans « mais où est donc passé la septième compagnie? ». Il ne se contente pas de trois défaites d’affilée à la présidentielle, ce parti de plus en plus moribond idéologiquement. Vous avez aimé la claque du 6 mai, qui a montré que les Français préféraient à l’ordre juste un candidat « sortant » au bilan plus que moyen? Vous devriez dès lors apprécier celle des 10 et 17 juin prochain. Avec derrière lui un PS affaibli, divisé et absolument pas prêt à prendre le pouvoir, le premier secrétaire François Hollande a avoué hier que ce qu’il souhaitait, c’est une défaite la moins large possible.
François Hollande semble se satisfaire de rester dans l’opposition. Tout ce qu’il désire (d’avenir)? Avoir, s’il vous plaît messieurs-dames les Français, un score qui corresponde aux 47% récoltés par Ségolène Royal au soir du 6 mai.
Avec un tel patron, pas besoin d’avoir d’ennemis : il suffit de le laisser parler pour qu’il décourage lui-même les militants. Qu’a-t-il dit hier? Qu’il souhaitait qu’il n’y ait pas « une majorité écrasante », mais une majorité à tout le moins qui « corresponde au vote intervenu lors de la présidentielle ». Tout est dit. Qu’est-ce qui est important à ses yeux? Qu’il y ait « de l’équilibre, de la mesure, du contrepoids ». « Que les Français se sentent représentés, c’est tout l’enjeu de l’élection qui vient », a-t-il ajouté.
On croit rêver. On pensait naïvement que ce qui était important, c’était l’avenir du pays. Et qu’aux yeux de Hollande, c’était de convaincre les Français que le projet de son parti était le meilleur. Projet? Idées? Tout cela semble trop compliqué pour un PS décidément bien plus déstabilisé qu’il ne veut le faire croire par l’ouverture sarkozyzte.
Le morne parti avait vaincu aux régionales puis aux européennes, avec pour seul programme le rejet de la droite. Un projet qui n’a pas convaincu le 6 mai. Et qui a bien peu de chances de fonctionner les 10 et 17 juin…

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Courage, François, courage!

La tâche du « nouveau premier ministre de la France » sera malaisée. Il va lui falloir du courage, à François Fillon. Pris en sandwich entre Nicolas Sarkozy, qui fait du résutat une condition de l’amitié et de la légitimité, et une majorité qui ne lui fera pas de cadeaux, l’homme aura fort à faire.

Il arbore le sourire des vainqueurs. De ceux qui ont pris leur revanche. Revanche sur Chirac et Villepin, qui l’ont évincé lors du remaniement ministériel de 2005. « Ils font de moi le directeur de campagne de Sarkozy », avait-il alors déclaré, amer, tout en ne se prenant pas pour un bac à douche, loin de là : « On ne se souviendra de rien du bilan de Jacques Chirac, à part de mes réformes ».

Oui mais voilà. Il ne faudrait pas se croire arrivé, car tout commence à peine, y compris le plus difficile. François Fillon vient de promettre une « politique nouvelle » à l’issue de la passation de pouvoirs avec Dominique de Villepin. « Je respecterai tous les engagements que nous avons pris parce que la rénovation de la vie politique est à ce prix », a-t-il assuré.

Il vaudrait mieux. Tenir les engagements de campagne de Sarkozy risque bien de mettre du monde dans la rue (comme à chaque fois, de toutes façons, qu’une réforme est tentée dans ce pays), mais c’est la condition sine qua non de l’avenir politique de François Fillon.

Le premier ministre sera redevable de son action devant Nicolas Sarkozy, même si celui-ci ne lui laissera ni le bonheur d’être au premier plan, ni le luxe de paresser. L’homme de Neuilly n’est-il pas le chantre de la politique du résultat, qu’il a largement répandue dans la police au cours de son passage au ministère de l’Intérieur? Si l’amitié et la complicité entre les deux hommes semble forte, n’oublions pas que Sarkozy n’est pas du genre à supporter les échecs autour de lui. Souvenons-nous de Nadine Morano, lâchée en cours de campagne pour une légère bourde. Souvenons-nous d’Hortefeux, vertement rappelé à l’ordre alors qu’il venait d’annoncer qu’une légère dose de proportionnelle serait introduite aux législatives.

Et puis, les jalousies ne vont pas tarder à s’éveiller dans le propre camp du président. Fillon sera surveillé, épié, le moindre faux pas sera exploité par la meute de tous ceux qui seront déçus de ne pas rentrer au gouvernement. Des poids-lourds, mais aussi des seconds couteaux aux dents longues. Il faudra pour Fillon allier la « rondeur » d’un Raffarin, le « volontarisme » d’un Villepin, et la « fidélité » d’un Juppé pour ne pas s’épuiser à la tâche.

L’UMP semble pour l’heure plus discipliné que le PS, mais n’oublions-pas que les querelles de droite n’ont dans le passé rien eu à envier à la guerre souterraine à laquelle se livrent depuis des lustres les éléphants socialistes. N’est-ce pas d’ailleurs pour cela que Sarkozy souhaite instaurer une direction collégiale à l’UMP? Il est bien placé pour savoir qu’il vaut mieux éviter  l’arrivée d’un éventuel concurrent à ce poste…

L’élu séguiniste de la Sarthe, ancien ministre de l’enseignement et de la recherche (93-95), des télécommunications (95-97)des Affaires sociales (2002-2004) puis de l’Education nationale (2004-2005), devra gérer l’ouverture, tout en jouant le rôle difficile de « chef de la droite ». Il devra arbitrer les conflits qui ne vont pas manquer de se produire avec les centristes, gérer les relations avec un groupe UMP qui en cas de réformes impopulaires, pourrait vite retourner sa veste et penser à sa réélection.

Oui, coincé entre un président intransigeant, charismatique et interventionniste, et un camp qui ne lui laissera pas de répit, sa marge de manoeuvre sera étroite. Tout cela, au fond, dépendra de la longueur d’avance qu’aura l’UMP à l’issue des législatives…

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Sarkozy, ou la tentation des pleins pouvoirs

Un conseiller politique – François Fillon – nommé premier ministre jouera-t-il un rôle autre que celui de chef de file de la lutte pour les législatives puis de chef de la majorité? Avec Sarkozy, le quinquennat risque de prendre tout son sens. Avec Sarkozy, le pouvoir sera présidentiel, et rien que présidentiel. Pour le meilleur ou pour le pire…

Avec Chirac, on a eu Juppé, (Jospin), Raffarin, Villepin. Tous en première ligne, à se battre sur tous les fronts, pendant que Chirac gardait jalousement son « domaine réservé », parlait politique étrangère, environnement et défense, une stratégie lui permettant de gagner en popularité aux frais de la princesse.

Rien de tel n’est à attendre chez notre nouveau président-bien-aimé, Nicolas Ier (à ce sujet, il semble qu’une nouvelle BD de Cohen soit sortie mardi, profitez-en). Il est homme à incarner le pouvoir, à l’habiter, et à l’exercer. Comme l’explique cet excellent article de Philippe Ridet paru hier dans Le Monde, Nicolas Sarkozy compte révolutionner la façon de gouverner adoptée par Mitterrand puis Chirac : un pouvoir exercé de loin, froid, à la manière d’un arbitre.

Après avoir passé la première moitié de sa vie à rêver de l’Elysée, Sarkozy ne compte pas se contenter de remplir des grilles de Sudoku au Fort de Brégançon. Il veut exister en tant que président. C’est pourquoi il veut plafonner à deux le nombre de mandats successifs du chef de l’Etat. Afin que celui-ci ne s’use pas à vouloir durer, mais qu’il agisse. Et qu’est-ce que l’action, sinon la raison d’être du sarkozysme? Son symbole, son ferment…

On l’a vu avant même qu’il soit président : il a déjà reçu les syndicats, on sent qu’il piaffe d’impatience à l’idée de rentrer dans le vif du sujet. Pendant ces cinq prochaines années, Super-Sarko compte bien exercer personnellement le pouvoir. Il se voudra interventionniste. Avec le style qu’on lui connaît, il renouera avec les conférences de presse jadis utilisées par le général de Gaulle, et que Jacques Chirac a toujours détestées (il a toujours préféré diffuser un message préenregistré empreint d’émotion, comme celui qui a été envoyé aux télés et radios mardi soir. L’avantage : éviter les questions des journalistes). Il s’exprimera, imprimera l’action gouvernementale. En étant du coup responsable de ses résultats… François Fillon, le probable premier ministre qu’il nommera ce matin, devrait donc être réduit au simple rang d’exécutant. Attention, on n’a pas parlé d’idiot utile.

D’ailleurs, la réduction à 15 du nombre de ministères se comprend également dans ce sens là. Il n’est pas question d’économies ici, mais de clarification de l’action : cela permet au président d’ « embrasser » l’activité gouvernementale d’un seul regard. Sarkozy sera donc le « vrai » chef du gouvernement, renouant ainsi avec la conception gaulienne des institutions, crées par et pour le général en 1958.

Exit donc à nouveau, les articles de la constitution qui expliquent clairement que « le premier ministre conduit et détermine la politique de la Nation ». Exit aussi, le principe quasi inviolable selon lequel le président ne pénètre jamais au Palais-Bourbon : Sarkozy veut modifier la constitution afin de pouvoir s’adresser une fois par an à l’Assemblée.

Le bougre entend également avoir un regard privilégié sur les questions économiques, la lutte contre le chômage y compris, avoir la primeur sur les affaires étrangères (qui pourraient perdre les affaires européennes), qui , on l’espère, ne seront plus pilotées par l’effrayant Douste-Blazy.

Tout cela peut paraître naturel, normal,et surtout très attendu. Mais le pouvoir made in Sarkozie risque bien de surprendre : il sera partout, comme il l’a été ces cinq dernières années. Dès lors, comment concilier un tel interventionnisme avec l’image qu’il a voulue donner ces derniers jours, celle d’un homme au-dessus des camps, et prônant l’ouverture? Une fois les législatives passées, la marge de manoeuvre risque d’être mince…

Tout cela sera-t-il positif? Est-ce compatible avec sa volonté affichée de donner du poids à l’opposition? Cette proposition n’aurait de sens, en définitive, que si elle était accompagnée d’un renforcement du poids du Parlement. Malheureusement, vu la présidentialisation du régime qui s’annonce, il y a fort à parier qu’il conservera son rôle de chambre d’enregistrement. La 5ème République a décidément bien des points commun avec la Monarchie… L’hérédité en moins!

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