Archives mensuelles : avril 2007

Quand le "professeur" Bayrou fait la leçon à "l’étudiante" Royal

Si l’on peut continuer à douter de la légitimité du débat qui vient de se dérouler entre Ségolène Royal et François Bayrou, il faut bien avouer qu’il a permis de répondre à un certain nombre de questions. La candidate socialiste ne gagne pas grand-chose à ce "dialogue" qui n’a pas été le "théâtre" d’un ralliement de Bayrou. En réalité, le patron de l’UDF a profité de ce moment comme une tribune médiatique qui lui a permis de réaffirmer sa ligne d’indépendance et de rupture avec le système.

Qu’a gagné Ségolène Royal à ce "dialogue"? On peut se le demander. Nicolas Sarkozy, c’est sûr, y perd. Mais Royal? Elle a décrit cet événement "inédit" comme un moyen de "sortir du débat bloc contre bloc qui ne marche pas, qui est le symbole de la France qui perd". Partie comme ça, elle se rapprochait d’emblée de la position des centristes sur le jeu politique français. Aussitôt, Bayrou répliquait qu’il était évident qu’il n’allait pas "se rallier" à Royal, ni Royal se rallier à lui. "Si je me ralliais, je briserais au même instant l’élan que j’ai créé. Je refuse de le faire. Je ne renoncerai pas à nos idées et à notre indépendance", philosophe-t-il.

Dès le départ, les deux participants au débat mettent en avant leurs convergences en ce qui concerne la modernisation politique qu’ils appellent tous deux de leurs voeux. Ségolène Royal parle de sa démocratie participative, et rappelle ses engagements en matière de jurys populaires, de référendum, de régionalisation et de syndicalisme. Bayrou, lui, évoque le pluralisme de la vie politique. Royal enchaîne sur son souhait de rendre dépendants de l’assemblée, plutôt que du pouvoir exécutif, des institutions comme le CSA, le CSM, le Conseil constitutionnel… Ils se mettent d’accord sur leur opposition au "verrouillage médiatique" auquel on assiste depuis quelques années.

Sur l’Europe, aussi, Bayrou et Royal sont d’accord pour réconcilier les Français avec son principe. Ils sont partisans d’une Europe politique, Bayrou insistant sur le modèle allemand et sur l’importance de l’€, et Royal développant les thèmes du salaire minimum européen (qui a l’air d’une belle utopie), de santé, de retraites, de droits sociaux continentaux. Et de lutte contre les délocalisations. Mais aucun des deux n’évoque les protections douanières nécessaires, à la frontière de l’Union, pour pouvoir défendre l’industrie et l’artisanat européens. Dommage…

"De toute façon, le pacte présidentiel sera appliqué"

Puis une fois le moment d’euphorie lié au caractère "historique" de ce débat retombé, le dialogue devient "une leçon du professeur Bayrou à l’étudiante Royal, qui quémande es explications et son soutien", commente violemment Valérie Pécresse, porte-parole de Nicolas Sarkozy. Le leader centriste vient en effet d’évoquer ses "divergences profondes avec l’orientation économique prise par le PS et par Ségolène Royal". Il dénonce les "promesses énormes, du même niveau que Sarkozy, environ 60 milliards d’euros, qui amèneront un déséquilibre supplémentaire insoutenable qui va aggraver la dette du pays". La dette, toujours la dette. Royal ne parvient pas à trouver la réplique.

Elle tente de changer de sujet : "Mon objectif n’est pas de convaincre François Bayrou, mais de toute façon, si je suis élue, le pacte présidentiel sera appliqué". Bayrou critique l’étatisme du PS en matière économique, et ironise : "Si vous n’avez que des défenseurs comme moi, je vous conseille de vous inquiéter!".

Passe d’armes sur les retraites également : Bayrou assure que "personne ne peut oser abroger les Lois Fillon, parce qu’il faudra nécessairement aller plus loin. On sait que le nombre d’inactifs va bientôt égaler le nombre d’actifs". Royal, elle, maintient que si elle est élue, elle reviendra sur cette réforme, pour "réduire les inégalités qui en découlent", et notamment sur les petites pensions.

Bayrou et Royal se retrouvent en revanche d’accord sur les questions sociétales, comme les problèmes entre les jeunes des quartiers difficiles et la police. Ils s’entendent pour défendre l’idée d’une police de proximité qui connaisse la population, parce qu’"il faut que le service public soit partout", clame Ségolène Royal. "Agissons sur la priodélinquance par des sanctions pédagogiques dès la première bêtise", avance Bayrou.

Le débat s’enfonce ensuite dans le flou et l’ennui au sujet del’école, du nucléaire ou de l’immigration. Au final, Ségolène Royal "remercie" le leader centriste d’avoir accepté sa proposition et assure que "sur certains point, je pense qu’on fera un bout de chemin ensemble". Bayrou, lui, se veut plus nuancé : " Il ne faut plus que les partis soient divisés bloc contre bloc. Il faut qu’il devienne normal que les familles politiques se prononcent sur des textes et non plus en fonction de leur étiquette. Aucun problème de notre pays ne pourra être règlé si on ne sort pas de ce système".

En réalité, Royal en retire rien de ce débat. A part d’avoir eu le mérite – reconnu par tous – d’avoir une idée moderner et osée. Mais en terme électoral, il n’est pas sûr que l’opération soit profitable. Bayrou s’est abstenu de toute critique directe de Nicolas Sarkozy, et cette tribune lui a surtout servi une nouvelle fois à défendre l’indépendance de l’UDF, sa nouvelle ligne et à rappeler son poids politique grandissant.

Ségolène Royal attendait de ce dialogue une "clarification du pacte présidentiel", sous-entendu aux yeux des électeurs de l’UDF. En réalité, pendant près de deux heures, c’est bien Bayrou qui a pu clarifier le mouvement dont il a pris la tête, et présenter l’originalité de ses idées. Le débat va-t-il influencer, le vote du second tour? On peut raisonnablement en douter.

"L’indigestion orange" continue, mais Bayrou a promis que désormais, il était à l’écoute des deux candidats du second tour. Et qu’il écouterait avec attention le débat du 2 mai. Pas trop tôt!

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L’indigestion orange insupporte

"On n’a jamais vu une Coupe du Monde où c’est le troisième ou le quatrième qi joue la finale!". L’omniprésence de François Bayrou dans les médias insupporte Nicolas Sarkozy, qui ne trouve pas d’espace pour avancer ses propositions. Elle arrange Royal pour le moment. Mais elle est d’une illégitimité totale. Bayrou a donné ses consignes de vote, qu’il prépare la suite, maintenant.

Le titre de l’actualité, ce midi? Bayrou dénonce les pressions que Sarkozy aurait exercées pour tenter d’empêcher son débat avec Royal. Peut-être est-il intervenu, après tout. Mais tout cela procède sans doute du fantasme. Ce genre de choses arrive tellement souvent qu’on finit par toujours avoir un doute… Bayrou, lui, n’a "pas de preuve" que Sarkozy a exercé des pressions, mais il en a en revanche "la certitude"!

Et puis ce débat, on n’arrive pas à se convaincre qu’il soit utile. A partir du moment où Bayrou a donné ses consignes, et annoncé la création d’un nouveau parti, ça suffit. Il a organisé sa conférence de presse mercredi, pour faire monter la pression dès lundi. Pour qu’on s’interroge sur ce qu’il allait dire. Et comme Royal lui a proposé ouvertement un "débat", il a dû se dire que c’était l’occasion pour lui d’être visible jusqu’aux législatives. Pour peser.

Mais là, effectivement, cela pèse! Cela pollue le débat et le choix qu’on a à faire pour le second tour. Cela rend inaudible toutes les propositions concrètes des candidats, qui ont déjà enchaîné deux meetings puis deux soirées télévisées. Les interventions croisées de Sarkozy et Royal sur TF1 (Face à la Une) et France 2 (A vous de juger) ont été très bonnes mercredi puis hier soir. Les deux ont été très clairs sur leur projet. Il y a à boire et à manger là-dedans. Une candidate du pacte présidentiel, qui entendre refonder une "nouvelle république" où le bon peuple serait associé aux décisions de la Madone. Une politique douce, protectrice pour les individus. Ségolène Royal a du talent, et dégage une telle impressionde confiance en elle… En face, un candidat plus concret, qui parle de travail, de pouvoir d’achat, de sécurité, qui se pose en homme apaisé, qui se cherche une posture, pour faire oublier toutes les réticences. Toutes les questions qui se posent sur cet homme qui trouble autant qu’il inquiète.

C’est là-dessus que la campagne doit s’apesantir. C’est sur ce choc de deux projets qui signifient deux avenirs différents pour le pays. Il faut oublier le Béarnais, maintenant. Basta! Il a fait un très bon score. Cela lui assure l’indépendance pour les législatives. Qu’il laisse ses électeurs se décider seuls, ils en sont bien capables.

Et leur tâche serait facilitée si enfin on parlait concret. En attendant bien sûr le grand débat de mercredi prochain. Le "petit débat", lui, n’aura sans doute pas lieu! Sauf si, comme on l’annonce ce matin, BFM-TV l’organise!

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Ségolène Royal se tire une balle dans les deux pieds

Ségolène Royal se livre, depuis le début de la semaine, à un pas-de-deux étrange avec le leader de l’UDF, François Bayrou. Un jeu risqué qui pourrait se retourner contre elle si elle n’y prend pas garde. Pendant ce temps, Bayrou déroule sa stratégie au nez et à la barbe des deux qualifiés pour le second tour.

Affluence de presse record, cet après-midi à Paris. La cause de ce tumulte : la conférence de presse de François Bayrou, encore auréolé des quelque 19% d’électeurs qui lui ont fait confiance dimanche. En position de force bien qu’éliminé, le leader de l’UDF y a annoncé la création d’un parti démocrate du centre. Devenu maître du jeu, il a toutefois précisé qu’il ne donnerait pas de consigne de vote, ses électeurs étant libre de choisir entre Sarkozy et Royal.

Cette dernière, à ce sujet, risque bien de passer pour une politicienne adepte des discussions de couloir, après ses manoeuvres pour ramener Bayrou dans son camp. Pire : il n’est pas sûr que l’opération lui soit profitable.

Cela a commencé dès le soir du premier tour. Dans un discours soforique à souhait, Ségolène Royal avait parlé de "l’Etat impartial", tout en assurant qu’elle n’était liée à "aucune puissance financière ou médiatique", et "liée à aucun dogme". Des propos s’adressant directement à Bayrou en forme d’appel du pied. Puis lundi, elle nous a ensuite expliqué qu’elle avait tenté sans succès de joindre le centriste sur son portable (Sarko s’empressera de faire de même). Admis qu’elle était prête à dialoguer avec lui sur la base de son Pacte présidentiel. Puis elle a mis en scène une rencontre publique avec Jacques Delors, l’idole de gauche de François Bayrou. Avant d’envisager des ministres UDF dans son gouvernement!

Cet après-midi, Royal a déclaré qu’elle n’était "pas d’accord" avec les sympathisants centristes appelant à voter blanc ou à s’abstenir. La candidate socialiste, qui dit avoir de "fortes convergences" avec Bayrou, et propose un débat public demain en marge d’un forum de la presse quotidienne régionale, pour "lever les ambiguïtés ou les mauvaises interprétations" du Pacte présidentiel. Ce à quoi le patron de l’UDF a répondu qu’il ne voulait que d’un débat télévisé. Mais qu’il acceptait le principe de la rencontre.

Et c’est pour quand, le débat projet contre projet?

Et là, on dépasse franchement les bornes. Car on se demande désormais quelle est la question posée aux Français? Les électeurs de l’UDF vont-ils voter à droite ou à gauche? Non, mille fois non. La question, c’est de savoir quel projet on veut pour la France. Soit on préfère celui que propose Ségolène Royal, soit on opte pour celui de Nicolas Sarkozy.

Mais pourquoi devrait-on perdre du temps, dans la maturation de notre choix, à écouter des débats entre une qualifiée et un éliminé du premier tour? Doit-on sacrifier le débat entre deux visions de la France sur l’autel de la décision de six millions d’électeurs? Commentant la décision de Bayrou de n’appeler à voter pour personne, Royal avance que le centriste  "a dit un certain nombre de choses assez claires sur le projet de l’un et celui de l’autre. Il a dit des choses extrêmement sévères sur la situation de la France et les propositions (…) avancées par Nicolas Sarkozy, en particulier sur l’aggravation des difficultés qu’elles entraîneraient".

"Il m’a rejointe sur ce constat et moi je fais confiance ensuite à l’intelligence des électeurs", a-t-elle conclu. Ne peut-on pas crier à la manoeuvre? Quel que soit l’avantage que la candidate socialiste peut récolter de ce soudain amour du centre, on peut se permettre d’oser deux remarques :

- En premier lieu, Ségolène Royal peut-elle croire sincèrement faire illusion, alors que tout le monde se souvient le mépris qu’elle a voué à François Bayrou tout au long de la campagne? Homme de droite, qui croit le faire oublier en grimpant sur les plates-bandes du PS. Hors de question de s’allier au Béarnais. Un feu nourri de critiques s’étaient abattus sur le troisième homme. Et tout d’un coup, sans frémir d’un sourcil, la Jeanne d’Arc des temps modernes voit des "convergences" entre leurs programmes! Elle avait donc exagéré au premier tour? Cela pourrait presque faire sourire. Parce que pendant ce temps là, Sarkozy refuse de débattre avec Bayrou. Il compte sur les défections des parlementaires UDF, angoissés à l’idée de perdre leur siège. Et s’adresse directement à l’électorat : pour cela, il avance avec son programme. Si la gauche ne lui oppose rien, comment compte-t-elle obtenir plus de 50% des suffrages?

- Et pendant que le PS fait la cour au centre, l’extrême-gauche doit blémir. Royal croit qu’elle peut compter, sur sa gauche, sur le référendum anti-Sarko évoqué par Besancenot, Bové ou Laguillier. Mais si le PS se déporte sur sa droite, sa gauche va-t-elle le suivre? Ce soir, dans deux communiqués de presse, la LCR et feu le PCF ont dénoncé les "manoeuvres" de Bayrou et conjuré Ségolène Royal de ne pas céder à la tentation des "accords politiciens".

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Quelle stratégie pour François Bayrou?

Quelle stratégie François Bayrou va-t-il mettre en place? A la veille de sa prise de position, on peut se poser la question tant le patron de l’UDF joue gros dans cette affaire de second tour.

Toute sa tactique reposait jusqu’à présent sur une présence au second tour pour pouvoir se poser en rassembleur dans toutes les options possibles. Mais maintenant. Il a tout à perdre en choisissant un camp.

Va-t-il pour autant se taire, ou miser sur un échec de Sarkozy en se liguant contre lui? L’intérêt pour le mouvement qu’il a créé : voilà ce qui doit trotter dans la tête de Bayrou en ce moment. Comment concilier son indépendance avec un soutien à l’un ou l’autre? Comment agir sans affaiblir cette dynamique qui s’est créée autour de lui? Comment la faire fructifier en vue des législatives? Car il faudra à l’avenir un groupe parlementaire conséquent pour l’UDF, si elle veut continuer à peser politiquement dans ce pays.

Il peut laisser ses électeurs libres, et autoriser ses élus à se ranger discrètement du côté de l’UMP. Avec en ligne de mire les législatives : n’oublions pas que la plupart des députés UDF ont été élus au terme d’accords avec l’UMP. Mais s’il fait ça, il revient en arrière par rapport à son "émancipation de la droite" qu’il a clamé pendant toute la campagne du premier tour. Il ne peut plus revenir en arrière s’il veut garder ses chances.

Deuxième solution, céder aux sirènes socialistes, et ouvrir le "débat public" que lui propose Ségolène Royal depuis deux jours. Il pourrait ainsi négocier la dose de proportionnelle, en échange d’un soutien clair de sa part. L’inconvénient, c’est qu’en faisant ce choix, il s’inscrit dans ce jeu politicien qu’il dit réprouver. Il se compromet, lui qui se veut indépendant des idéologies et des clans.

Troisième solution : rester dans la même lignée qu’au premier tour, renvoyer Ségo et Sarko dos à dos, en jouant ensuite le même refrain aux législatives. C’est peut-être la meilleure chance pour Bayrou de s’accrocher. Et de viser 2012?

Mais au-dela du problème politique qui se pose à François Bayrou, la véritable question est celle de l’attitude que vont adopter les électeurs qui ont choisi Bayrou dimanche dernier. 19% quand même. Vont-ils massivement rejoindre Royal? En tout cas, ils seront les indéniables arbitres du second tour. Ca risque d’être un peu aléatoire…

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Eric Besson, un idiot utile?

Eric Besson a donc décidé de rejoindre le camp de Nicolas Sarkozy, à la tête d’un pôle "de la gauche" au sein de l’UMP. L’annonce avait été faite à l’issue du premier tour, et a été confirmée par l’intéressé lui-même, qui était présent ce soir au meeting du candidat UMP à Dijon.

Ce come-back n’est qu’une demi-surprise : celui qui a claqué la porte du PS après avoir quitté ses fonctions de "M. économie" de Ségolène Royal, pouvait-il faire autrement s’il veut se recycler? Dès sa démission, il avait laissé entendre qu’il pourrait s’entendre avec son ex-rival. Et dans son ouvrage "Qui connaît Mme Royal?", il affirme clairement que Sarkozy est un meilleur candidat pour la France que son ex-muse.

Mais la question se pose : quel autre politique issu de la gauche soutient Nicolas Sarkozy? Tapie? Le pôle "gauche" semble assez étriqué pour le moment.

Quant à ce ralliement en lui-même, il semble un tantinet pathétique si l’on se souvient que l’ex-jospiniste Eric Besson avait assuré, il y a deux mois, qu’il quittait la vie politique et qu’il ne se représenterait pas à la députation en juin.

Peut-il finalement candidater sous l’étiquette UMP, ou en "divers gauche"? Qu’attend Besson en contrepartie? Le type n’a sûrement pas fait ça par hasard. Reste que Nicolas Sarkozy a toutes les raisons de se méfier d’un traître. Qui a trahi trahira, il le sait bien. Vraiment, ce retournement de veste confine au ridicule. Eric  Besson l’a bien senti ce soir à Dijon, puisqu’il semble avoir confié à des journalistes qu’il s’était senti mal à l’aise en intervenant lors du meeting. L’homme risque de se cantonner au rôle de l’idiot utile. Une marionnette censée démontrer l’ouverture de Nicolas… Avant d’être lâchée par Sarkozy?

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Après l’intox au vote utile, le chantage à la peur?

Gros ouf de soulagement à gauche (26%), raz-de-marée sarkozyste dès le premier tour (31%), espoir déçu à l’UDF, effondrement du FN. Finalement, les deux tactiques de Royal et Sarkozy ont bien fonctionné hier, pour un premier tour où les Français ont massivement voté. Comme un clin d’oeil au 21 avril.

Premier constat de ce résultat surprenant mais logique : la vague bleue a tout emporté sur son passage hier. Les deux tiers des départements ont voté majoritairement pour Nicolas Sarkozy, qui fait un score énorme en réussissant le pari de faire le plein des voix à droite avant de tenter de rassembler au second. Pour cela, le candidat de l’UMP a marginalisé le Front national, à qui il a chipé une bonne partie de ses suffrages. La concurrence avait été rude entre Sarkozy et Le Pen, qui a été le dindon d’une farce qui l’a cette fois berné. Sans même qu’il s’en aperçoive. Les électeurs n’ont pas été fidèles au FN : un bon nombre d’entre eux n’ont-ils pas jugé plus intéressant de voter pour un possible vainqueur, que par un éternel protestataire dont l’accès au pouvoir est impossible? La stratégie a été la bonne pour l’UMP : à droite, Nihous, Villiers et Le Pen ne lui font pas d’ombre.

Rumeurs d’un Sarko-Le Pen

Ségolène Royal avait d’ailleurs fait de cette concurrence FN-UMP un argument électoral. Ces quinze derniers jours, le PS a tout fait pour accréditer l’idée qu’un Sarkozy-Le Pen était possible au second tour. C’est d’abord un sondage confidentiel des RG, censé prédire une élimination de Royal par Le Pen. Puis les "rumeurs", qui fuitaient de partout. Et enfin les appels de Rocard et Kouchner à une alliance avec Bayrou avant le premier tour. Et au final, la réponse est claire : un incroyable phénomène de vote utile s’est également exercé à gauche, après un chantage à la peur liée au souvenir du 21 avril 2002. Du coup, une grande partie de la gauche, y compris la plus dubitative vis-à-vis de Ségolène Royal, a voté pour la candidate du PS dont le score est un beau pied de nez à ses détracteurs. Un seul hic à gauche : là où Sarkozy a réussi à mobiliser un vote d’adhésion, Royal a dû compter sur un vote "anti" pour se qualifier. L’extrême-gauche est affaiblie, mais la LCR en prend la tête grâce à l’inflation de son capital électoral (600 000 de plus qu’en 2002).

Reste le cas Bayrou. On a pu mesurer l’impact de sa candidature, à l’aune de la place de choix que l’UDF a désormais dans l’échiquier politique. Avec 18,5% des voix, François Bayrou multiplie par trois le score obtenu en 2002. Derrière lui, un mouvement de fond s’est constitué : il sera intéressant de voir comment il va réagir au second tour.

Il va même être l’objet de toutes les attentions des deux candidats. On peut lui prédire des ponts d’or à gauche et à droite. Le débat sera-t-il pour autant passionnant tout au long de cette nouvelle campagne, qui débute dès ce soir? Deux choix de société vont s’affronter. Bloc contre bloc. Un vrai choc des cultures. Le PS tentera vraisemblablement de mobiliser un vote anti-Sarko, pendant que celui-ci essaiera d’applanir son image, de se présenter en sauveur de la Nation. Avec les législatives en ligne de mire. Pourvu, quand même, que le débat s’épaississe à l’approche du finish. Espérons qu’on parle d’hôpital, de santé, d’emploi, de dette, de qu’on évoque le financement des projets, et les priorités qu’on veut définir pour la société.

Tiens, juste un dernier mot. Nicolas Sarkozy vient de recevoir le soutien d’Eric Besson, le transfuge du PS, dont les ventes de son livre, Qui connaît Madame Royal?, lui assurent un bel avenir. Quelle surprise!

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La procuration-frustration

Demain, je vote par procuration. Pratique, certes. Obligé de travailler, je ne peux rentrer chez moi. Mais l’expérience est étrange, frustrante.

Dans le bureau de vote, il y a une ambiance. Vous y croisez chacun et tout le monde, et si vous êtes dans une petite commune, vous reconnaissez même les gens. Vous dites bonjour à la cantonnade, vous examinez les cartes géographiques car vous êtes dans une salle de classe qui sent le liquide à vitres. A la place de l’institutrice, trois ou quatre bénévoles représentent les gardiens du graal. L’urne. Moche, mais symbolique.

Vous avez oublié votre carte électorale. Il faut passer au guichet où une dame – institutrice dans la vie – vous en accorde une provisoire. Que vous oublierez la fois d’après.

Et puis il faut passer devant le tas de bulletins. J’imagine déjà la pile Schivardi. Une vague sourire. Et puis vous un prenez quand même un de chaque. Besancenot le rebelle, Buffet la timide, Villiers le Vicomte, Arlette l’ancienne combattante, Schivardi le marginal, Nihous le hussard sur le tracteur, Bové le casseur de Mac Do converti au Starsystem, Voynet l’écologiste en péril, Bayrou le chevalier blanc, Le Pen le trublion, Royal la girouette, Sarkozy l’agité.

Que de têtes qui passent en boucle devant nos yeux depuis plus de six mois.

Et puis c’est l’isoloir. Ce lieu clos, dans lequel l’ultime choix se fait parfois. Plein de bulletins dans la poubelle, quelques-uns sur la petite table noire. Dernière hésitation?

Avec la procuration, le geste perd sa symbolique. Il faut voter par conversation téléphonique. La frustration est énorme. La sensation étrange de l’isoloir est absente. Et le sentiment d’être écarté d’un rite couronne le tout.

Bon vote à tous, donc, par procuration ou non! Les résultats seront peut-être surprenants… et inquiétant si c’est ce que je crois!

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L’indécision, un mal de tête qui s’aggrave à une semaine du scrutin

J-7 avant que les deux noms n’apparaissent petit à petit à côté de PPDA, avec les pourcentages. Moment d’attente, d’angoisse, la petite boule dans l’estomac. Sarko, Le Pen, Bayrou, Royal, lesquels seront éliminés? Bien malin qui pourrait le dire. Il semble que n’importe quelle combinaison, parmi les six possibles, soit crédible.

Alors pour qui voter? Il y a un sentiment pénible, qui me paraît partagé par beaucoup autour de moi. Celui d’appartenir aux millions d’indécis. Ceux qui ne savent pas, qui se tâtent, qui hésitent. Et qui finalement, ne seront pas satisfaits de leur vote, non plus que du résultat final. Ah, ce que j’envie ceux qui paraissent déterminés dans leur choix. Qui vont aller au bureau de vote décontractés, avec une fleur entre les incisives.

C’est un étrange sentiment. On sait trop bien à qui ne pas accorder son suffrage, mais on ne sait pas à qui le confier. Après tout, un vote, c’est un geste de confiance. Ok, mon pote, je vote pour toi, mais fais du bon boulot pendant cinq ans, hein?

Et à vrai dire, quand on s’attarde sur chacun des douze visages qu’on n’arrête pas de scruter depuis des semaines, des mois voire des années pour les plus insistants, on a bien du mal à trouver matière à accorder cette confiance. Ni à se motiver pour eux. Laguillier? Elle ne parle pas, elle crache sa haine d’être née dans un monde où l’argent n’était pas dans son camp. Quelqu’un qui parle de la Commune avec nostalgie, non merci. Besancenot? Il ne dit pas que des bêtises, mais il veut égorger les patrons y compris ceux qui lui donnent des sous pour manger. Schivardi? Il est sympathique lorsqu’on le regarde vider un godet, son accent est exotique, mais on ne le voit franchement pas serrer la main de Tony Blair. Buffet? Elle hésite entre chaque mot qu’elle prononce. Trop peur de se planter. Et puis, elle a fait échouer le rassemblement de la gauche anti-ibérale. Voynet? Elle ferait presque pitié. Quand on la voit en campagne dans la campagne, on a l’impression que c’est la première fois qu’elle sort de la ville. Bové? L’alter-mondialiste moustachu qui évoque l’idée de nommer premier ministre l’animateur branché de TF1, Nicolas Hulot? très peu pour moi. Et là aussi, on ne voit pas trop ce que sa candidature apporte à côtés de celles de ses ex amis des collectifs anti-libéraux. Nihous? Je n’habite pas en campagne. Je ne chasse pas. Je n’aime pas non plus les corridas. Villiers? Il n’a de cesse de vouloir récupérer l’électorat de Le Pen tout en prétendant appliquer à la France les recettes qui ont permis au Puy-du-Fou de prospérer. Eh non, la Vendée n’est pas la France.

Et alors, un des quatre favoris des sondages? Le Pen? Le voir gambader à Argenteuil aurait dû convaincre ses électeurs que l’homme n’était pas à une volte-face près, lui qui se prétend "droit dans ses bottes" depuis trente ans. Et puis, on l’a entendu dire que l’euthanasie permettrait de diminuer les dépenses de santé liées à la vieillesse. Bayrou? Son idée d’union autour du centre est jolie, mais elle n’a pour l’instant convaincu personne, à part des seconds couteaux : Kouchner, Rocard, Goulard, Begag… Sarkozy? Bien trop agité. Trop contradictoire. Trop de revirements, de meurtres politiques. Trop de passions en lui pour lui confier l’arme nucléaire. Il souffle sur les braises d’une France qui est "du cristal", comme dirait Raffarin. Royal? Trop démagogique. Pas de convictions. Il suffit d’analyser l’histoire de son contrat première chance. On essaie d’en parler, ça rate, on n’en parle plus.

Et une fois ces constats posés, on a mal la à la tête. On les déteste tous, comment faire? Il ne reste que trois solutions :

- Aller se dorer la pilule au soleil sur la plage le 22 avril prochain : ouais mais il paraît que voter est un devoir.

- Glisser un bulletin blanc dans l’urne : ouais mais c’est rageant de ne pas participer.

- Voter pour des considérations stratégiques, en feignant de croire que notre vote peut tout faire basculer. Ouais, ça c’est bien. Essayer d’éliminer l’un ou l’autre. Voter pour le moins pire?

Alors ça va être dur. Certains vont voter Royal alors qu’ils penchent pour Buffet, d’autres vont voter pour Bayrou pour faire barrage à Sarkozy, d’autres Sarkozy pour éviter Le Pen. D’autres Le Pen parce qu’ils ont un gros ras-le-bol accumulé depuis trop d’années. Bon. On va devoir adopter une attitude similaire. Tâter le pour et le contre. Le mal de crâne va revenir, à coup sûr. Plus qu’une semaine. Une semaine pour éplucher les programmes une toute dernière fois. Suppression de l’ENA, camps militaires pour jeunes délinquants, TVA sociale, interdiction des licenciements. Garder un oeil sur les sondages faussés, examiner l’état de l’opinion sur la blogosphère, débattre, discuter, tout en continuant de faire partie de ce que d’aucuns appellent "la France qui se lève tôt". Sacrée gageure.

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BHL, un "philosophe" converti au royalisme par un simple dîner

Bernard-Henri Levy vient d’annoncer son ralliement à Ségolène Royal. Bon. En soi, cette information n’a aucun intérêt. On se demande pour qui se prend cet homme : on doute que cette déclaration change quoi que ce soit au résultat final. Mais la nouvelle de ce soutien ne peut que surprendre le lecteur informé. Le "philosophe" n’a-t-il pas, dans une de ses chroniques au Point (novembre 2006) exprimé au mieux, son pessimisme quant à la candidature Royal, au pire, son exécration vis-à-vis de celle qui venait de remporter la primaire socialiste?

La voici, cette chronique. BHL y est cinglant. Il parle du PS comme d’une "amicale d’internautes en folie", au sein de laquelle Laurent Fabius était l’un des "rares hommes d’Etat". Le ton est donné. Ségolène? Un "mixte instable de démagogie et de caractère, de narcissisme extrême et de vraie audace politique". On fait mieux comme compliment. Surtout quand deux lignes plus tard il évoque le « ralliez-vous à mon tailleur crème ! inscrivez-y vos rêves, doléances et désirs d’avenir ! » de Royal. Le pseudo philosophe fixe alors deux hypothèses : soit elle continue sur sa lancée et brise le cou à ce PS arriéré (je schématise  peine), ce PS de Frêche et du "conformisme marxiste", instaure un blairisme à la française et se rallie au libéralisme, et dans ces cas là sa victoire sera une bonne nouvelle pour la France; soit elle suit la deuxième pente de l’"ordre juste" en continuant de fustiger les profs, de vouloir encadrer les mineurs délinquants par des militaires, surveiller les élus par des jurys populaires, et être la "girouette de l’idéologie tournant au gré de l’air du temps" comme pour l’exemple de la Turquie, et dans ce cas là, "il flotte autour de ce royalisme-là, garanti province contre Paris et 100 % tradition française, un parfum de « travail, famille, matrie » qui n’augure, réellement, rien de bon".

Deux mois plus tard, notre héros national dîne avec Ségolène Royal et juge utile d’alerter la population sur ce grand événement : nouvelle chronique dans Le Point. "L’étonnante fraîcheur, la liberté de ton du personnage" le surprennent. S’ensuit un dialogue surréaliste où le manque de sens critique du "philosophe" est criant. Au final, la conclusion de BHL : "Je la quitte, toujours perplexe, mais avec le sentiment qu’on a peut-être été injuste – moi le premier – avec cette femme ; et qu’elle ne ressemble guère, en tout cas, à l’image qu’elle s’est donnée".

Et à nouveau, deux mois plus tard, BHL assure qu’il votera pour celle à qui il taillait un costard quatre mois plus tôt. Avec une réserve : il aimerait qu’elle annonce qu’elle nommerait DSK comme premier ministre, ce qui aurait pour qui une conséquence sympathique : "less fameux sondages connaîtraient un frémissement tout à fait spectaculaire". Que signifie tout cela? Arielle Dombasle doit avoir déteint sur son compagnon. Qu’un "philosophe" change d’avis après une courte conversation laisse sans voix. Cela veut dire qu’un tel "intellectuel" se permet de juger , au départ, sans savoir? Et qu’il suffit ensuite d’un dîner pour lui faire retourner sa veste? Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, mais quand même…

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Qui connaît Azouz Begag?

On ne sait plus quoi faire dans les médias pour remplir les vides d’une campagne bien mal engagée sur le fond. Alors que les débats existent, que les propositions s’enchaînent dans les programmes de tous les candidats, il n’émerge dans les "mass-médias" que des ersatz d’événements. La "démission" d’Azouz Begag en est le dernier exemple.

Franchement, qui s’intéresse à ce type et à son départ volontaire ou non du gouvernement? Il était ministre délégué à la promotion de l’égalité des chances, pas ministre des Finances. Rien que l’intitulé de sa charge fait sourire. Que pouvait-il bien faire de ses journées avec un programme pareil? On lui avait épargné un secrétariat d’Etat pour lui donner une ministère délégué (un titre plus élevé dans la hiérarchie gouvernementale). Histoire de montrer que Chirac prenait à bras-le-corps la question des discriminations.

Quand avez-vous entendu parler d’Azouz Begag? A deux ou trois reprises, j’imagine. Lors de sa nomination dans le gouvernement à l’arrivée de Villepin à Matignon, déjà. On nous a rebattu les oreilles sur ce soi-disant enfant prodige du monde associatif originaire de Lyon. Agé de 48 ans, l’homme est un sociologue auteur de pas moins de 40 bouquins. Après ce soudain coup de projecteur, plus rien. Néant.

Azouz Begag reviendra sous les feux de la rampe, le cancre, en novembre 2005. Lors des émeutes urbaines, il n’hésitera pas à critiquer sévèrement Sarkozy, en lui recommandant de "mieux choisir ses mots" (en référence aux coups du kärcher et de la racaille). Le tout sur la place publique, bien entendu. Dès lors, Begag est devenu la bête noire de Sarkozy. Finalement, ce sera son seul fait de gloire. Et inutile, qui plus est. Quel poids avait-il face à un ministre d’Etat?

Azouz Begag reviendra dans l’actualité pour annoncer son soutien à Bayrou, la semaine dernière. Quelle surprise pour quelqu’un qui déteste le patron de l’UMP. Mais les télés en auront quand même parlé longuement. Vous rendez-vous compte, deux ministre soutiennent le Béarnais (avec François Goulard, ministre délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche)!

Sa démission, elle, fera encore plus de bruit. Elle a été annoncée jeudi par un communiqué de presse de Matignon. A moins de vingt jours du premier tour, quel courage! Monsieur veut "reprendre sa liberté de parole". Mais au fait, qui s’en préoccupe, de ce qu’il veut nous dire? La seule question qui aurait pu être intéressante à analyser, c’est : pourquoi ce type est débarqué du gouvernement par Chirac et Villepin, alors que ces derniers ont tout intérêt à nuire à Sarkozy?

La raison de ce fracas est ailleurs, semble-t-il. Une situation qui ressemble étrangement à celle qui a entouré la démission d’Eric Besson. Nous reparlerons ici de son livre. Dès jeudi après-midi, le site internet de Marianne annonçait que ce départ était lié à la sortie imminente d’un livre écrit par Begag et à paraître le 11 avril, Un mouton noir dans la baignoire. Un titre en référence, évidemment, aux propos de Sarkozy au cours de l’émission de TF1 "J’ai une question à vous poser", où le candidat avait expliqué ne pas vouloir d’un islam où on égorge son mouton dans sa baignoire.

Est-il utile de préciser que c’est l’hebdo Marianne qui sortira les bonnes feuilles de ce bouquin dans son édition de demain? Tout cela ressemble à un bon coup de pub. Et sur notre dos, encore une fois. Le type démissionne, il est sûr qu’on parlera de lui. Il s’entend avec un magazine (comme par hasard, celui dont le président Jean-François-Kahn soutient ouvertement Bayrou) pour que celui-ci parle le jour-même de son bouquin. Et le surlendemain, le même hebdo sort des extraits inédits du livre… Promotion assurée, non?

Ah. Le jour où nos bons médias (Marianne y compris, même si cet hebdo a le mérite de faire des proposition concrètes aux candidats) feront la une sur les problèmes d’éducation, de recherche, de sécurité, d’Europe (où est-elle, la constitution?) et j’en passe, ils vendront peut-être plus qu’aujourd’hui. Car pendant qu’ils pérorent sur ce genre de polémique, les citoyens cherchent l’info sur internet. Cela s’appelle se tirer une balle dans le pied.

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